C’était la fin – Chapitre 5

– Eh ben voilà, bienvenue dans ma modeste demeure ! Déclara Jo en déposant deux valises dans le salon.

Magalie la remercia encore une fois de l’héberger mais la jeune femme la coupa rapidement. Elle en avait assez d’être remerciée sans arrêts depuis des jours. Alors Magalie se tut.

Elle connaissait par cœur l’appartement de sa meilleure amie pour y avoir passé beaucoup de temps. Elle s’y était toujours sentie très à l’aise. Mais là, en y entrant, elle se sentait comme une étrangère. Parce qu’elle n’était pas une invitée de passage cette fois, elle allait vivre ici. Jo sacrifiait son espace vital, son intimité, sa tranquillité pour elle. Elle n’était pas chiante, loin de là, on disait même qu’elle était plutôt facile à vivre. Mais la colocation était forcément plus contraignante que de vivre seul.

– Ben alors Mag, tu as l’intention de rester plantée dans l’entrée toute la journée ?

– Non. J’étais juste …

– Perdue dans tes pensées ? Je vois ça.

– Euh … je mets où mes affaires ?

– Aucune idée. T’inquiète, on trouvera une place plus tard. Mais je suis désolée, mon armoire est petite, je peux pas te faire de la place dedans.

– Ce n’est pas grave. Tu en fais déjà beaucoup, je ne vais pas en plus te piquer ton armoire.

– Tss, arrêtes de dire n’importe quoi ! Bon, ça te dit une petite partie ? Demanda Jo en prenant les manettes de la console.

Magalie avait passé une journée agréable. Jo avait tout fait pour la détendre, et la jeune femme lui en était reconnaissante. Mais la situation était tout de même particulière. La tentative de suicide de Magalie était bien présente dans leurs esprits. Et Jo la surveillait. Elle ne la lâchait pas d’une semelle, vérifiait qu’elle prenait son traitement, l’observait sans arrêts.

Magalie avait l’impression d’être redevenue une enfant. Mais elle comprenait l’inquiétude de sa meilleure amie. Et puis, elle s’était un peu comportée comme une enfant dernièrement. Lamentable !

Elle s’en voulait d’être aussi faible. Elle faisait une dépression alors qu’elle n’avait aucun problème sérieux. Elle avait les mêmes problèmes normaux que beaucoup de gens, mais elle était incapable de gérer cela comme tout le monde. Elle avait fait un geste lâche et égoïste. Et elle n’était pas foutue de se comporter en adulte.

Et à cause d’elle, sa meilleure amie se faisait du souci, avait posé quelques jours de congés, et devait partager son appartement, et son lit. Car il n’y avait qu’une chambre. Magalie avait dit qu’elle prendrait le canapé, mais Jo avait refusé puisqu’elles avaient l’habitude de dormir ensemble depuis des années lorsque l’une passait la nuit chez l’autre.

Il était presque minuit, et Jo ne dormait pas. Magalie non plus. Cela faisait deux heures qu’elles étaient couchées, et que le silence régnait. Mais aucune des deux ne dormait. Magalie soupira.

– Jo, tu peux dormir ! Je ne ferai pas de bêtises, c’est promis.

Jo se tourna vers elle.

– Et pourquoi tu ne dors pas toi ?

– Trop de choses en tête je suppose.

– Quoi par exemple ?

Magalie réfléchit quelques instants avant de répondre.

– Je suis désolée de te causer autant de soucis.

– Putain Mag, arrêtes de t’excuser, et arrêtes de me remercier à tout bout de champ ! C’est bon maintenant, ça suffit ! S’énerva Jo.

Un long silence s’installa.

– Je ne suis pas fâchée, je précise.

– Je sais. Dit doucement Magalie.

– Tant mieux !

C’était la fin – Chapitre 4

Les yeux fixés au plafond, Magalie pensait à ces derniers jours. Elle était toujours à l’hôpital. Sa mère était là tous les jours, et elles se parlaient beaucoup. Jo également était là. La jeune femme avait d’abord pensé qu’elle se sentait obligée de venir, qu’elle culpabilisait et qu’elle avait pitié d’elle. Mais Jo avait su la rassurer. Elle était toujours son amie et les mots douloureux qu’elle avait eus quelques temps plus tôt n’avaient aucune importance.

Magalie avait encore un peu de mal à y croire. Elle avait été tellement persuadée d’avoir perdu sa meilleure amie. Et rien que d’y repenser, elle sentait son cœur se serrer et la panique s’emparer d’elle. Elle était beaucoup trop sensible, elle le savait. Et elle se demandait comment Jo pouvait supporter un boulet comme elle.

Boulet au point d’avoir voulu mettre fin à ses jours pour des broutilles. Car il ne s’était rien passé de significatif dans sa vie. Elle était juste très seule. Avec beaucoup trop de temps libre pour ruminer sur ses problèmes.

Elle avait eu des pensées suicidaires assez souvent dans sa vie. Mais la pensée des gens qui l’aimaient l’avait toujours retenu de vouloir passer à l’acte sérieusement. Cette fois-ci, cela n’avait plus été suffisant. Elle ne devait d’être encore en vie qu’à Camille. Celle-ci était venue lui rendre visite aussi. Elle avait été adorable. Et Magalie s’en voulait de lui avoir fait subir tout cela. Comme à tous d’ailleurs.

Toc, toc, toc.

Magalie se redressa pour voir sa mère entrer, tout sourire. Ce n’était qu’une façade, pour ne pas lui montrer à quel point elle s’inquiétait. Et puis sa mère se mit à parler, parler, parler, … Magalie sourit car c’était tout à fait elle ça. Elle n’écoutait que distraitement tout ce bavardage. Les nouvelles de la famille. Les commérages de voisinage. La cafetière en panne. Son retour au domicile parental.

– Quoi ??? Mais non, pas question !!! Je ne vais pas revenir à la maison !!!

– Magalie, il le faut bien. Tu n’as plus les moyens de garder ton appart. Et de toute façon, il est hors de question de te laisser seule après … ça.

– Mais je ne veux pas revenir !

– Ce ne serait que pour quelques temps, jusqu’à ce que tu ailles mieux.

– Mais je n’irais pas mieux là-bas. Ma vie est ici, et si je pars, je ne pourrais plus revenir. Plutôt mourir !

– Ne dis pas ça Magalie ! Tu …

Magalie n’écoutait déjà plus. Elle pleurait. Elle répétait qu’elle ne voulait pas. Et elle s’en fichait d’avoir l’air d’une enfant capricieuse à ce moment. Elle adorait sa mère mais vivre avec elle, elle ne pouvait pas. Retourner dans ce petit village où tout se sait à la vitesse de la lumière, c’était renoncer à sa liberté. Elle avait besoin d’être autonome, de faire ce qu’il plaisait quand elle le voulait, et sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Et partir d’ici, c’était s’éloigner de Jo. De Camille aussi, de Daniel et des autres. Mais surtout de Jo.

Jo apparut soudain dans la pièce et Magalie ne put s’empêcher de la supplier.

– Ne la laisse pas m’emmener. S’il-te-plait, empêches la !

Sa mère se mit aussitôt à exposer son point de vue à sa meilleure amie. Avec ses soucis financiers, elle ne pouvait plus garder son appartement. Et surtout, on ne pouvait pas la laisser seule, elle avait besoin d’être entourée. Il n’y avait pas d’autre solution.

– Si. Déclara Jo tout en fixant Magalie. Tu peux venir vivre chez moi.

Magalie cessa de respirer face à cette proposition inattendue. Jo était sérieuse, elle la regardait toujours, attendant une réponse. Et sa mère s’était arrêtée de parler, attendant aussi. Mais elle était trop abasourdie pour parler. Jo lui proposait de vivre avec elle, dans son petit appartement. Elle y avait de temps en temps passé des nuits là-bas. Mais y vivre sur une période indéterminée, c’était autre chose.

Elle était touchée. Elle en aurait fait de même dans la situation inverse. Mais pas parce que sa meilleure amie serait en train de faire une crise digne d’un enfant de quatre ans.

– Je … Merci. C’est gentil. Mais … je ne peux pas accepter.

– Pourquoi ? Demanda Jo en fronçant les sourcils.

– Je ne veux pas m’imposer.

– Tu ne t’imposes pas puisque je propose !

– Oui et c’est vraiment gentil. Mais je ne veux pas te déranger. Et puis tu auras vite marre de moi. Je peux être insupportable.

– N’importe quoi ! Je te connais depuis années, je le saurais si tu pouvais être insupportable. Et tu ne me dérangeras pas du tout. S’il y a bien une personne avec qui je peux vivre, c’est toi.

C’était la fin – Chapitre 3

Jo tournait comme un lion en cage dans son appartement. Cela faisait trois jours que Magalie était dans le coma. Trois jours qu’elle avait tenté de mettre fin à ses jours.

Elle passait beaucoup de temps à l’hôpital, tout comme la mère de sa meilleure amie. Camille lui demandait des nouvelles chaque jour. Jo avait prévenu les deux autres amis qu’elle connaissait de Magalie qui lui avaient demandé de les tenir au courant dès qu’il y aurait du nouveau.

Un sentiment de colère s’était installé chez la jeune femme. Il y avait des gens qui tenaient beaucoup à Magalie et qui étaient morts d’inquiétude. Elle n’avait pas le droit de tous les abandonner comme ça ! Elle n’avait pas le droit de l’abandonner elle !

Comment elle pourrait continuer à vivre normalement si sa meilleure amie ne se réveillait pas ?

Drrr Drrr

Jo se jeta sur son téléphone pour décrocher. Son cœur s’arrêta de battre pendant la courte conversation. Aussitôt raccroché, elle se rua hors de son appartement. Elle se retrouva très vite à l’hôpital, devant la chambre de Magalie, hésitant à entrer.

La jeune femme frappa deux coups, et attendit, ne voulant pas déranger. La mère de Magalie vint lui ouvrir, les larmes aux yeux.

– Je vous laisse un peu avec elle. Dit-elle doucement en sortant.

Jo entra et observa la silhouette dans le lit. Rien n’avait changé, elle était toujours dans la même position, le teint blême. La seule différence était que ses yeux étaient ouverts.

Leurs regards se croisèrent rapidement avant que Magalie ne baisse les yeux. Jo se demanda si elle avait honte ou peur. Elle s’avança et vint s’asseoir sur la chaise tout près du lit.

– Salut.

– Salut. Répondit Magalie, les yeux toujours baissés.

Un silence s’installa. Jo hésitait entre exprimer son soulagement ou sa colère. Et Magalie ne semblait pas vouloir briser ce silence la première. Jo soupira.

– Pourquoi ?

Magalie haussa les épaules en guise de réponse.

– Qu’est ce qu’il s’est passé Mag ? Pourquoi avoir fait ça ?

Il n’y eut toujours pas de réponse.

– Putain Mag, réponds moi. Dis-moi ce qu’il a bien pu t’arriver pour te pousser à … un acte aussi désespéré.

– J’étais … désespérée.

Jo se prit la tête entre les mains. Elle n’arriverait à rien avec Magalie. Et elle avait du mal à se contenir pour ne pas exploser.

– Et terriblement seule. Ajouta doucement Magalie.

– Comment ça seule ? Tu n’es pas seule Mag. Tu as des amis.

– Qui ont tous une vie bien remplie et sont trop occupés pour me voir, ou même, pour discuter par sms.

Jo soupira. Que pouvait-elle répondre à cela ? Magalie n’avait pas tout à fait tort. Chacun avait sa vie, et parfois, n’avait pas assez de temps à consacrer aux amis. Elle-même ne répondait pas toujours aux sms qu’elle recevait.

– Mais tu ne m’as même pas envoyé de sms. Pas depuis longtemps.

– Je ne voulais plus t’embêter.

– Quoi ?

– Tu m’as dit que je te saoulais et de trouver quelqu’un d’autre à qui parler. Dit d’une toute petite voix Magalie.

Il y eut un silence pendant lequel Jo réalisa que sa meilleure amie avait réellement pris au mot ce qu’elle avait dit dans un moment de mauvaise humeur. Elle oubliait trop souvent à quel point celle-ci pouvait être sensible.

– Alors … c’est de ma faute … si tu …

– Non !

Magalie avait enfin relevé la tête et la fixait de ses yeux larmoyants.

– Non. Ce n’est pas de ta faute. Tu n’y es pour rien si … si tout va mal dans ma vie et si … je fais des trucs stupides. Désolée. Je suis un boulet et … je comprends que tu en aies marre de moi. Tu n’as pas à te sentir responsable de quoi que ce soit.

Jo attrapa la main de son amie dont les larmes coulaient le long de ses joues.

– Mais je n’en ai pas marre de toi. Pas du tout ! Et je suis désolée de ne pas avoir été là quand tu avais besoin de moi.

C’était la fin – Chapitre 2

Drrr Drrr

Jo balança sa main vers la table de chevet, cherchant à tâtons son téléphone portable qui vibrait. La sonnerie qui suivait le vibreur retentit et la jeune femme ouvrit un œil et releva la tête.

– Putain de merde, où qu’il est !

Jo mis la main dessus et décrocha sans regarder de qui il s’agissait.

– Allo ? Dit-elle d’une voix peu chaleureuse.

– Jo, c’est Camille.

– Putain, tu sais quelle heure il est ? D’ailleurs, il est quelle heure ?

– Euh … vingt-deux heures cinquante trois. Désolée, mais … je devais te prévenir.

Le ton était grave. Et toute mauvaise humeur quitta Jo pour être remplacée par de l’inquiétude.

– Qu’est ce qu’il se passe ?

– C’est Magalie.

– Eh ben quoi ?

– Elle … elle a tenté de suicider.

La main de Jo se crispa sur le téléphone. Un silence s’installa.

– Jo ? Tu es toujours là ?

– Oui. Dis-moi exactement ce qu’il s’est passé. Ordonna la jeune femme, d’une voix presque assurée, en se levant brusquement.

Jo alluma la lumière et se dirigea vers son armoire.

– Je l’ai appelé. Enfin, non, c’est elle qui m’avait envoyé un message, et puis, j’avais pas pu répondre sur le moment. Mais si j’avais su …

– Quand ?

– Tout à l’heure, dans la soirée. Il était vers vingt heures et quelques quand j’ai appelé.

– D’accord. Et donc ?

– Et … et … quand elle a répondu … elle …

Camille pleurait tout en parlant, et Jo perdait patience. Si elle avait été là, elle l’aurait secoué comme un prunier jusqu’à ce qu’elle crache le morceau.

– Putain Camille, calme toi et parle bordel !

Mais Camille ne se calma pas de suite, et Jo, tentait tant bien que mal de garder le contrôle. Sa meilleure amie avait tenté de mettre fin à ses jours, et c’était tout ce qu’elle savait. Elle ignorait dans quel état elle se trouvait, si elle allait bien, où elle était, comment, pourquoi, …

– Camille, s’il-te-plaît ! Demanda-t-elle d’une voix plus douce.

– Oui. Désolée. Répondit Camille en reniflant.

Jo ne dit rien, attendant désespérément la suite tout en essayant d’enfiler un jean.

– Quand elle a répondu, j’ai tout de suite compris que c’était grave. Elle était incohérente, elle pleurait, et … elle a dit qu’elle avait fait une grosse connerie. Et puis … je lui ai demandé quoi, et elle a dit qu’elle … qu’elle avait pris plein de médocs pour mourir.

Jo se laissa glisser contre le mur, se forçant à respirer calmement pour ne pas craquer.

– Alors j’ai tout de suite dit à Daniel d’appeler les secours et … j’ai essayé de la garder en ligne. Elle n’arrêtait pas de dire qu’elle était désolée et puis … et puis … elle a arrêté de parler.

Les pleurs de Camille prirent le dessus. Jo la laissa se calmer, les yeux dans le vide.

– Quand je suis arrivée là-bas, les secours étaient en train de l’emmener à l’hôpital. Je les ai suivis. J’y suis là. Et … j’attends des nouvelles.

– Ses parents ?

– Les secours n’ont pas réussi à joindre sa mère, ils ont laissé un message.

Cela ne l’étonnait pas. Magalie se plaignait toujours que sa mère ne répondait quasi-jamais à son téléphone.

– Pourquoi ? Pourquoi elle a … ?

Cette fois, sa voix s’était brisée.

– Je ne sais pas.

– Il s’est passé quelque chose dernièrement ?

– Tu es plus souvent en contact avec elle, c’est toi qui peux savoir.

Jo ne répondit pas et se prit la tête d’une main. C’était elle qui aurait du savoir s’il se passait quoi que ce soit. Mais elle ne le savait pas, parce que cela faisait deux semaines qu’elles ne s’étaient ni vu, ni parlé.

La dernière fois qu’elles s’étaient parlé, elles s’étaient d’ailleurs un peu disputées. Jo avait ensuite eu d’autres choses à faire et à penser. Et puis, elle attendait que Magalie fasse le premier pas vers elle, comme d’habitude. Elle s’était même énervée car sa meilleure amie ne donnait pas de nouvelles et se faisait désirer. Mais à aucun moment, elle ne s’était inquiétée.

Et maintenant, elle regrettait.

– J’arrive.

C’était la fin – Chapitre 1

*Va se pendre* Quelqu’un aurait une corde svp ?

Magalie soupira en regardant son écran. Pourquoi les gens disent tout le temps qu’ils vont se pendre sur ce forum. Quel mauvais moyen de se suicider !

D’abord, il faut aller se procurer une corde. Où est-ce que ça s’achète ça ? Dans un magasin de bricolage ? Ou peut-être dans les grandes enseignes pour le sport, du côté du rayon escalade.

Et puis, une fois qu’on a la corde, il faut trouver un endroit où l’accrocher. Magalie regarda autour d’elle. Absolument aucune possibilité. Ou alors il faudrait percer un trou au plafond et y fixer un genre d’anneau. Trop compliqué. Peut-être aller dehors et trouver un arbre plutôt. Mais il faudrait que ce soit un coin isolé, ou une heure à laquelle il n’y a personne, sinon la tentative serait empêchée.

Bon, et ensuite, quand on a la corde et trouvé le lieu où l’accrocher, il faut encore réussir à faire un nœud. Mais c’est l’étape la plus facile. Il suffit d’aller voir sur internet. On trouve de tout sur internet. Il parait même qu’on peut trouver comment fabriquer des bombes.

Au revoir.

Magalie attendit un instant avant d’éteindre l’ordi, pour voir si quelqu’un lui répondait, mais le message passa inaperçu. Ce n’était même pas une surprise.

Il y avait bien d’autres moyens de mettre fin à ses jours. Sauter. Mais elle était au premier étage, ce n’était pas suffisant. C’était toujours possible de monter en haut d’un immeuble, ou d’aller se jeter d’un pont. Mais ce n’était pas la solution qu’elle choisirait. Elle préférait rester chez elle, et n’embêter personne.

Embêter personne … Elle regarda son téléphone. Elle n’aimait pas appeler les gens, parce qu’elle avait toujours peur d’embêter. Il n’y avait que sa mère qu’elle appelait régulièrement.

Vous êtes sur la boîte vocale du …

Et régulièrement, elle tombait sur la messagerie. A quoi cela servait d’avoir un téléphone puisqu’elle ne répondait jamais. Magalie regarda les numéros enregistrés dans son téléphone. Elle devrait peut-être envoyer un sms à quelqu’un.

Salut toi. Ça va ?

Message totalement bateau, mais elle ne savait que dire d’autre. Les minutes passaient sans rien. La personne devait être occupée. Elle envoya des sms à deux autres personnes. Mais elles avaient toute une vie, elles. Un boulot, une famille, des amis, des loisirs, …

Magalie n’avait rien. Elle avait perdu son emploi. Sa famille ne s’intéressait guère à elle. Ils ne donnaient jamais de nouvelles, et elle en avait eu marre de toujours faire le premier pas, elle avait laissé tomber. Sa vie sentimentale, c’était le néant. Les rares amis qu’elle avait ne répondaient pas à ses sms. Et elle n’avait pas d’argent à dépenser dans des activités ludiques. D’ailleurs, l’argent devenait un réel souci. Elle n’avait plus d’emploi, elle avait travaillé trop peu pour percevoir les indemnités chômage, et elle n’avait pas droit au RSA, car elle avait moins de vingt-cinq ans. Système pourri !

Se trancher les veines avec un couteau de cuisine, ce serait simple. Elle y pensait souvent, quand elle cuisinait. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser aussi que cela mettrait du sang de partout et que ce ne serait pas sympa pour ceux qui devront nettoyer après.

Son regard s’arrêta sur un nom dans le téléphone : Jo. Sa meilleure amie. Et bien plus que ça d’ailleurs. Mais elle ne le savait pas. En tant normal, ce serait à elle qu’elle aurait envoyé un sms en premier. C’était vers elle qu’elle se tournait lorsque ça n’allait pas. Jo arrivait toujours à lui redonner le sourire. Mais les choses avaient un peu changé dernièrement. Et la dernière fois qu’elle lui avait parlé, Jo lui avait dit qu’elle la saoulait et de trouver quelqu’un d’autre à qui parler.

Magalie hésita sur son nom. Mais elle ne voulait pas la saouler encore. Elle lui épargnerait cela. Définitivement. Les larmes roulèrent sur ses joues et son téléphone tomba.

Sur la table, elle avait mis toutes les boites de médicaments qu’elle avait. Elle ne savait pas exactement ce qu’il fallait, et en quelle quantité. Dans le doute, elle avait tout pris : les médicaments contre les maux de tête, ceux contre les maux de ventre, le sirop pour la toux, … Avec du panaché. C’était la seule chose qui ressemblait à de l’alcool qu’elle avait.

Magalie ne pouvait plus s’arrêter de pleurer. Et elle commençait à se sentir faible. Et elle avait très peur d’un coup. Qu’est ce qu’il y avait après ?

Et puis, quel gâchis. Il y avait tellement de choses qu’elle n’avait pas faites. Et elle avait eu tellement de projets. Elle aurait voulu vivre un grand amour. Fonder une famille. Avoir une belle maison. Avec peut-être un chien. Jouer au bowling. Elle n’avait jamais joué au bowling.

Un petit rire s’échappa de ses lèvres. Quel ridicule de penser à ça en mourant.

Elle sombrait … C’était la fin.

Le téléphone sonna.

Joy Loukas – Chapitre 21 : Une nouvelle vie

Lilia roulait lentement dans les ruelles du quartier sud de Tankimo. Nous étions à la recherche d’activités suspectes. En clair, de démons meurtriers qu’il faudrait éliminer. Cela ressemblait plus à ce que j’avais l’habitude de faire. Et j’avais hâte d’en tomber sur un.

Hâte ? Depuis quand l’idée de tuer des démons m’excitait-elle ? Heureusement que je ne conduisais pas car cette prise de conscience m’aurait fait freiner net. Parce que oui, j’étais plutôt excitée et cela ne me ressemblait pas. Je n’avais jamais pris de plaisir à être une chasseuse de démons. Il y a quelques jours encore, je fustigeais cette vie faite de sang versé. Alors qu’est ce qui avait changé ?

Ce qui avait changé, c’était ma façon de voir le monde. J’avais découvert que les démons n’étaient pas tous des bêtes sanguinaires. Ils n’étaient finalement pas si différents des humains. Il y en avait des bons comme des mauvais.

Et pas plus tard que ce matin, j’avais aidé deux démons. Deux démons qui avaient pleuré de joie en nous remerciant. Et j’étais plutôt fière. C’était bien la première fois que j’éprouvais de la fierté à faire quelque chose. C’était sans doute cela qui était différent. Aujourd’hui, ma vie n’était plus remplie que par des tueries. J’aidais également des personnes, des démons.

Et quelque part, le fait que les démons n’étaient pas tous maléfiques, cela signifiait pour moi qu’il y avait de l’espoir dans ce monde. J’avais une nouvelle vie devant moi. Une vie plus juste avec un travail satisfaisant. Il me manquait désormais un « chez moi ».

Je soupirai bruyamment en repensant à l’overdose de rose.

_ Qu’est qu’il t’arrive ? demanda Lilia.

_ Il faut que je me trouve un appart rapidement. Grommelai-je.

_ Pourquoi rapidement ? Quelque chose ne va pas chez Chris ?

J’avais l’impression qu’elle pensait à Max en disant cela, parce qu’il était un démon.

_ Chris est sympa, et toute sa famille aussi. Mais la déco de la chambre de sa fille ne me plaît pas.

La démone éclata de rire.

_ Tu sais, me dit-elle quand elle eut reprit son sérieux, j’ai une chambre de libre dans mon appart.

_ Tu me proposes une colocation ? Demandais-je, incrédule.

_ Oui.

Elle avait tourné la tête vers moi guettant ma réaction, et comme elle ne regardait plus la route, j’eus très peur. Mais sa proposition me plaisait.

_ D’accord. Mais regarde devant toi s’il-te-plaît.

Oui, une nouvelle vie commençait pour moi. J’allais avoir mon « chez moi » avec une colocataire en prime. Et surtout, réalisai-je en souriant, j’avais désormais une amie.

Fin.

Joy Loukas – Chapitre 20 : Mission accomplie

Récoum avait passé tout le trajet du retour à balbutier remerciements et louanges à travers ses larmes. Et même Bog était tout ému.

Je ne comprenais vraiment pas comment deux démons ne pouvaient pas venir à bout de ces minables. Cela avait changé ma façon de les voir. Je les considérais désormais comme inoffensifs. Et leur présence ne m’inquiétait donc plus.

_ Mission accomplie boss. Déclara Lilia.

_ Bien. Comment c’était ?

C’était à moi qu’il posait la question. C’était ma première mission et il avait l’air de s’inquiéter. Peut-être que lui aussi avait eu peur que je tue ses clients.

_ Facile. Répondis-je simplement.

_ C’était quel genre de mission ? demanda Stan qui jouait aux cartes avec Jesse.

_ Faire peur à un crétin. Dit Lilia.

_ J’espère que tu ne l’as pas trop maltraité, le pauvre.

Jesse éclata de rire à la remarque de Stan.

_ Non, seulement ses gardes du corps.

_ Si on peut appeler ça des gardes du corps. Marmonnai-je.

_ Bon ! Intervint Chris. Nous n’avons pas besoin d’autant de monde à l’agence. Deux volontaires pour patrouiller dans le quartier sud de la ville ?

_ J’y vais ! fit Lilia.

_ Moi aussi. Dis-je aussitôt.

Mon oncle sembla un peu surpris mais hocha la tête.

_ Cool ! Je vais refaire de la moto ! s’exclama la démone, ses yeux de chats pétillants de joie.

Je ris. Sa bonne humeur était décidément contagieuse.

Lilia fut dehors avant moi. Je la trouvai assise sur ma moto.

_ C’est moi qui conduis. Déclarai-je.

_ Oh non, s’il-te-plaît ! Supplia-t-elle.

Voilà que je me laissais attendrir par une démone maintenant.

_ Et puis, tu ne connais pas la route.

C’était vrai. Même si elle aurait très bien pu m’indiquer le chemin à prendre.

_ D’accord. Mais je conduis au retour.

Joy Loukas – Chapitre 19 : Monsieur Porrin

_ Encore vous ! Fichez le camp, je ne vous donnerai rien ! grogna le petit homme joufflu derrière son bureau qui devait être monsieur Porrin.

Nous étions entrés dans un bureau, Lilia en tête, moi fermant la marche.

_ Nous ne partirons pas avant d’avoir notre salaire. Déclara Bog.

_ Vous n’aurez rien du tout, vermines !

_ Vous allez leur donner tout ce que vous leur devez et sans faire d’histoires. Dit Lilia d’un air tranquille tout en se regardant les ongles.

Je souris car elle n’était pas du tout intimidante. Vêtue de vêtements légers très féminins et absorbée par ses ongles vernis, elle ressemblait plus à la demoiselle en détresse qu’à une combattante.

_ Oh, vous avez emmené vos petites copines ! Trop mignon ! Ricana Monsieur Porrin.

_ Ce ne sont pas nos petites copines.

_ Je me moque de savoir qui elles sont. Si vous ne déguerpissez pas tous rapidement, j’appelle mes hommes.

_ Mais faites donc ! Le provoqua Lilia.

Il secoua une clochette, et quatre hommes baraqués surgirent derrière nous. Ils étaient armés de longs couteaux. Je pris en main mon épée. Je n’avais aucune peur, ils ne tenaient même pas bien leurs couteaux.

_ Dégagez-les ! ordonna le joufflu.

Lilia vint se placer devant Bog et Récoum, sans même sortir son couteau. Elle arborait un grand sourire. Si cela était destiné à déstabiliser nos adversaires, c’était réussi mais inutile.

_ Je vous conseille de vous en allez si vous ne voulez pas avoir mal. Prévint la blondinette.

Les grosses brutes se mirent à ricaner.

_ C’est vous qui allez avoir mal. Dit celui qui était le plus proche de moi avec un air menaçant. Nous allons vous tailler en pièces.

J’abattis mon épée sur son couteau, le désarmant aussitôt, à sa grande surprise.

_ Apprends d’abords à tenir une arme. Répliquai-je.

Ses comparses chargèrent. Je désarmai un deuxième de la même manière et l’assommai à moitié avec le pommeau de mon arme. Un seul coup de pied suffit à la blondinette pour en mettre un hors service. Elle attrapa un autre et le balança par la porte sans aucun effort. Celui que j’avais désarmé en premier s’enfuit sans demander son reste.

Je me retournai vers monsieur Porrin qui était tétanisé.

_ C’est tout ce que vous avez ? Demandai-je, sarcastique.

_ Maintenant, payez-nous. Dit Récoum d’une voix qui se voulait assurée, mais je remarquai qu’il avait été fort impressionné.

L’homme s’exécuta aussitôt.

_ Si j’apprends encore que vous ne payez pas vos employés, je reviendrai vous voir. Menaça Lilia.

Joy Loukas – Chapitre 18 : Première mission

Nous étions dans la voiture de Bog et Récoum. Pour une raison qui m’échappait, Lilia assise à côté de moi à l’arrière me jetait des regards amusés. Je ne m’amusai pas du tout moi. J’étais au contraire très tendue.

_ Vous êtes sûrs que vous êtes capables de nous aider ?

_ Votre employeur est humain ? demanda la blondinette en retour.

_ Oui.

_ Alors ce sera facile. Ne vous inquiétez pas, il vous donnera tout ce qu’il vous doit.

_ Il n’est jamais seul. Il a des gardes du corps et ils sont armés.

_ Nous aussi nous sommes armées. Répondit Lilia.

Les deux démons semblaient sceptiques, sans doute parce que nous étions deux jeunes filles.

_ Il consiste en quoi votre travail ? Demandai-je.

Quelque chose dans mon ton avait eu l’air d’irriter Bog.

_ Ouvriers sur un chantier. Répondit-il.

_ Nous y travaillons depuis quatre mois. Et nous n’avons jamais été payés. Ajouta Récoum.

_ Et c’est seulement après quatre mois que vous réclamez une paie ? Rétorquai-je.

_ Vous ne nous croyez pas ? Vous vous méfiez de nous ! Je croyais que vous deviez nous aider ! S’énerva Bog.

_ Du calme ! Intervint Lilia, toujours amusée, avant que je ne puisse répliquer. C’est sa première mission.

Elle me fit un clin d’œil. J’avais l’impression qu’elle se moquait de moi, et cela m’énervait.

_ Nous avons demandé plusieurs fois à monsieur Porrin de nous payer. Mais il trouvait toujours des excuses. Et puis finalement, il nous a menacés de nous tuer. Un ami nous a alors parlé de Dante & cie. Expliqua Récoum, plus calme que son collègue.

_ J’espère que vous arrêterez de travailler pour cet homme. Dit la démone.

_ Nous avons nos lettres de démission. Monsieur Dante nous a promis de nous trouver un autre travail. Parce que nous avons une famille à nourrir.

Récoum sortit de sa poche une photo et nous la tendit. Il y avait dessus six enfants démons qui ressemblaient à peu près à ce démon. C’était la deuxième photo de petits démons que je voyais en deux jours. Je repensai à Max. Je l’avais rencontré la veille au soir. Son apparence m’avait mise mal à l’aise. Mais je l’avais vu jouer avec sa petite sœur comme n’importe quel gamin l’aurait fait. C’était juste un enfant, comme ces petits sur la photo. Il fallait juste que je ne fasse pas attention à leur apparence.

_ Nous sommes arrivés. Dit Bog.

Joy Loukas – Chapitre 17 : Mauvais choix

J’avais peut-être fait un mauvais choix en acceptant de travailler à l’agence. Non, l’erreur ça avait été de quitter Korks. C’était un changement trop important pour moi. A Korks, je tuais les démons sans me poser de questions. Ici, il y avait tout simplement trop de démons. Cela me rendait nerveuse.

Il y avait d’abord Hermès, le médecin qui était beaucoup trop grand et musclé. Je ne pouvais m’empêcher d’être sur le qui-vive dès qu’il se trouvait dans la même pièce que moi. Et malheureusement pour moi, il ne cessait de faire des allers-retours entre son cabinet médical et la pièce principale où je me trouvais.

Deux autres démons se trouvaient dans le bureau de Chris avec celui-ci. Mon oncle m’avait affirmé que c’était des clients et qu’il n’y avait rien à craindre. Je m’inquiétais cependant. J’avais l’impression que son jugement était faussé par le fait qu’il côtoyait beaucoup de démons.

_ Salut !

Je vis Lilia sur le seuil de la porte me souriant. Paradoxalement, je fus heureuse de la revoir. Elle était une démone mais je m’étais habituée à elle. Et même, je m’étais mise à l’apprécier.

_ Salut. Répondis-je en lui rendant son sourire.

Je ne l’avais pas revu depuis la veille, lorsque mon oncle lui avait dit de disposer. Elle vint s’asseoir dans un fauteuil proche du mien.

_ Tu as déjà fait connaissance avec tout le monde ?

_ Oui.

J’avais rencontré chaque membre de l’agence Dante & cie, et aussi la famille de Chris chez qui j’avais passé la nuit. J’avais d’ailleurs dormi dans la chambre totalement rose, depuis les murs jusqu’aux oreillers, de Flora sa fille de quatre ans. J’aurais presque préféré la chambre de son démon de fils.

La porte du bureau s’ouvrit. Je me raidis à la vue des deux démons.

_ Bien, tu es là Lilia ! s’exclama Chris.

L’intéressée sauta sur ses pieds.

_ Bog et Récoum, ici présents, ont un problème avec leur employeur. Il faut les accompagner pour récupérer leurs salaires.

_ Ok, je m’en charge.

Chris me regarda avec un moment d’hésitation, puis ajouta :

_ Joy, tu y vas aussi.

J’acquiesçai. J’avais sans doute fait le mauvais choix. Est-ce que Chris m’en voudrait si je tuai ses clients au lieu de les aider ?