Sous le même toit – Chapitre 9

– Hé Nat ! Tu m’écoutes ?

Nathalie reporta son attention sur la blonde qui l’assommait de paroles depuis un petit moment.

– Oui. Désolée Elo.

– Qui est-ce que tu matais comme ça ? Demanda-t-elle en observant la foule des élèves dans la cour du lycée.

– Personne.

– Je vais te croire. Fit-elle d’un air moqueur. Mec ou nana ?

– Personne je te dis.

– Ouh ! T’as craqué sur quelqu’un ?

Nathalie soupira en secouant la tête. Connaissant Eloïse, elle n’allait pas la lâcher.

– Non. On va dire que je m’amuse un peu.

– Un plan cul quoi ! Quel genre ? Hum, je dirais une fille.

Nathalie arqua un sourcil.

– Oui. Mais qu’est ce qui te fait dire ça ?

– La dernière fois c’était un mec.

– Et alors ? Ce n’est pas comme si j’alternais à chaque fois. Et de toute façon, ce n’est pas un plan cul. Il ne se passera rien.

– Comment ça ? Tu as dit que tu t’amusais.

– Oui. Un petit jeu de séduction inoffensif mais qui n’ira pas au-delà. Je lui fais de l’effet, et tu sais bien que je ne peux pas résister dans ces cas-là. Dit Nathalie en faisant un clin d’œil à sa meilleure amie.

Et c’était peu dire qu’elle lui faisait de l’effet. Nathalie n’avait jamais rencontré quelqu’un qui réagissait avec une telle intensité. Il lui suffisait d’un regard, d’une caresse pour lui faire perdre tous ses moyens.

– Hum, je vois. Elle est moche.

– Non pas du tout.

Laure est même très mignonne, surtout quand elle rougit.

– Elle est en couple ?

– Non.

Enfin, je suppose. Elle n’a pas l’air d’avoir quelqu’un. Je parierais même qu’elle n’a jamais été avec qui que ce soit.

– Alors je ne vois pas. Ah si ! Elle a des principes !

– Des principes ?

– Elle ne veut pas coucher avant le mariage.

– Ah, je n’en sais rien.

Est-ce que Laure avait ce genre de principes ?

– Ben je ne comprends pas alors pourquoi ça n’ira pas plus loin.

– Trop compliqué comme situation. Il s’agit de Laure.

Eloïse ouvrit de grands yeux ronds comme des soucoupes, avant de se mettre à rire.

– Noooon ! Tu veux dire que miss parfaite a le béguin pour toi ?

– Le béguin, je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est que je ne la laisse pas indifférente.

– Mais attends, vous vivez ensemble, tu pourrais te la faire facilement. Et dans un lit, pas à l’arrière d’une voiture ou dans les toilettes.

– Ouais, nous vivons ensemble, avec les parents aussi. Et puis, ça va créer un malaise après, non merci.

– Ouais, si tu le dis. Donc, tu t’amuses. Raconte !

Sous le même toit – Chapitre 8

– Les filles, ce soir c’est ciné ! Déclara Estelle alors qu’ils étaient tous en train de déjeuner un samedi.

– Voir quoi ? Demanda Nathalie.

– Peu importe. Je vous laisse choisir.

Laure leva les yeux au ciel. A tous les coups, il s’agissait d’une lubie de faire quelque chose en famille.

– Vraiment ? On a le choix ? Interrogea la plus âgée des adolescentes, sceptique.

– Tout à fait.

– Mais par pitié, pas un film romantique ! Intervint Francis.

Laure rit tandis que sa mère prenait la défense des comédies romantiques. Un débat fut lancé sur la niaiserie de ce genre de films.

Plus tard, alors que Laure jouait à un mini jeu en ligne sur son ordinateur portable, Nathalie vint dans sa chambre.

– On le fait alors ?

Laure ne voyait pas de quoi la jeune fille parlait et se contenta de lui lancer un regard confus.

– Choisir un film !

– Ah ! Oui. Non. Enfin … tu peux le choisir … toi. Cela m’est égal.

Le rouge lui monta aux joues tandis qu’elle bafouillait, perturbée comme toujours pas la simple présence de celle qui faisait battre son cœur.

– Non. Nous sommes censées le choisir ensemble. Répondit Nathalie en arborant un petit sourire amusé.

Et elle s’avança jusqu’à Laure qui était assise devant son bureau. Cette dernière ne réagit pas tout de suite lorsque Nathalie lui désigna son ordinateur.

– Tu cherches les films à l’affiche alors ?

– Euh … oui.

Laure s’exécuta. Une page avec la liste des films apparut à l’écran. Un frisson lui parcourut le corps lorsqu’elle sentit un souffle chaud dans son cou. Nathalie s’était penchée derrière elle pour regarder l’écran et son visage était tout proche.

Trop proche ! Bon sang, qu’est ce qu’il fait chaud d’un coup. Mon corps va finir par me trahir si elle reste comme ça.

Laure fixait l’écran sans regarder les films, les joues rouges, les mains moites, le cœur battant à toute allure.

– Tu peux mettre le résumé du troisième ?

La voix de Nathalie sembla à l’adolescente délicieusement suave. Tandis qu’elle exécutait avec automatisme ce que Nathalie lui demandait de faire, son esprit s’égarait vers le souffle qu’elle sentait dans son cou, vers la bouche que quelques centimètres seulement séparaient de sa peau.

– Tu en penses quoi de celui-là ?

Laure hocha la tête, incapable de parler, et n’ayant aucune idée de ce qu’était le film.

C’était un film d’action plein d’effets spéciaux. Laure était assise entre sa mère et Nathalie. L’adolescente avait eu un peu de mal à se concentrer au début, après l’épisode de l’après-midi. Mais le film l’avait rapidement absorbé. Celle qui l’avait choisi avait bon goût.

Soudain, elle sentit un frôlement contre son bras posé sur l’accoudoir. Elle voulut l’enlever, mais à sa grande surprise une main le retint. Son rythme cardiaque s’accélérant, elle jeta un regard à Nathalie qui semblait toujours fixer l’écran.

Laure tenta de se concentrer sur le film alors que la main de Nathalie était posée sur la sienne. Mais rapidement, les doigts se mirent à la caresser, faisant de petits cercles sur sa main, puis remontant son bras.

Elle veut ma mort.

Laure avait l’impression qu’elle allait défaillir tandis que des vagues de chaleur traversaient son corps. Elle était vraiment soulagée d’être dans l’obscurité à ce moment.

Laure suivit d’un œil distrait la suite du film, la main de Nathalie se retirant peu avant la fin.

Dans la voiture sur le chemin du retour, elle gardait le silence pendant que tous parlaient du film. Elle observa à la dérobée l’autre adolescente, mais celle-ci ne lui accorda ni un regard, ni une parole. Pas même une fois rentrés à la maison.

Complètement perdue, Laure ne savait que penser. Elle se demandait même si cela s’était réellement passé ou si son imagination lui avait joué des tours.

Important !

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Sous le même toit – Chapitre 7

En entendant la voix d’Estelle, Nathalie grimaça.

Et zut, ils sont déjà rentrés.

Elle n’avait pas vu le temps passer. C’était samedi, et les deux adultes étaient allés faire des courses en demandant aux adolescentes de faire le ménage dans le séjour et la cuisine. Evidemment, elle ne s’y était pas encore mise. Se préparant à subir les remontrances du paternel, elle sortit de sa chambre et descendit les escaliers.

Elle fut surprise de constater que tout était propre et rangé. Elle sentit une pointe de culpabilité en elle en réalisant que Laure s’était tapé le ménage toute seule. Elle avait dû y passer un temps fou.

Miss parfaite a encore cartonné.

Elle se dirigea vers la cuisine où tout le monde semblait être.

– Laisse les courses Laure ! Nous allons ranger. Tu as déjà bien travaillé. Dit Estelle.

– Tu n’as pas fait le ménage toute seule, n’est-ce pas ? Nathalie t’a aidé ? Demanda Francis sceptique.

Nathalie s’arrêta, restant hors de vue

Ouch, ça va barder pour moi !

– Bien sûr ! Nous l’avons fait à deux. Mentit Laure avec aplomb.

Là, je suis sur le cul.

Nathalie s’éclipsa dans sa chambre, stupéfaite. Elle ne comprenait pas pourquoi la fille avec qui elle vivait se comportait de cette façon. Aucune autre personne qu’elle connaissait n’aurait fait les corvées des autres puis menti à ce sujet. Pas gratuitement en tout cas ! Quel intérêt pouvait-elle en tirer ?

Peut-être essayait-elle de se faire bien voir. Pas des parents, sinon elle aurait avoué avoir tout fait toute seule. Mais Laure étant attirée par elle, c’était peut-être une façon de la séduire. Cependant, lorsque l’adolescente faisait ce genre de choses, car ce n’était pas vraiment la première fois, elle le faisait lorsqu’elle pensait que Nathalie ne voyait pas. Cette dernière, qui s’était mise à l’observer discrètement, avait remarqué que la jeune fille rangeait régulièrement les affaires qu’elle éparpillait dans la maison. Et il lui arrivait de faire la vaisselle à sa place. Mais c’était la première fois qu’elle l’entendait mentir pour la couvrir.

Nathalie attendit tout le reste de la journée que Laure vienne lui en parler. Mais celle-ci ne le fit pas et cela la perturbait. A moins de prendre son pied en faisant le ménage, ce qui ne pouvait être le cas d’une personne normalement constituée, il n’y avait aucune raison valable pour que quelqu’un fasse un acte aussi … désintéressé.

Nathalie frappa à la porte de la chambre de Laure alors que les parents regardaient le film du soir. Celle-ci fut étonnée de la voir.

– Pourquoi as-tu menti à mon père tout à l’heure ? Je ne t’avais rien demandé !

Le ton avait été plus dur que ce que l’adolescente avait voulu. Laure tressaillit et baissa les yeux.

– Je … voulais t’éviter de te faire disputer.

– Pourquoi ?

– Parce que … ce n’est pas agréable de se faire disputer. Je voulais rendre service, c’est tout.

– C’est tout ? Interrogea Nathalie, étonnée.

– Oui.

– Tu ne vas rien me demander en échange ?

Laure releva brusquement la tête. L’air mi surpris, mi indigné qu’elle avait donna à Nathalie sa réponse et elle eut honte d’avoir seulement songé à ça.

– Le chantage, ce n’est pas mon truc.

Evidemment que non ! Tu es une fille bien trop gentille pour ça. Merde ! Je me sens vraiment minable à côté.

– Dans ce cas, merci. Même si tu n’avais pas à faire ça.

Laure rougit, ce qui fit sourire Nathalie. Elle allait sortir de la chambre, puis se ravisa et demanda :

– Pourquoi es-tu toujours aussi gentille ?

– Je ne sais pas. Dit-elle en haussant les épaules.

Nathalie lui fit un sourire charmeur avant de sortir, un qu’elle savait lui faire beaucoup d’effet.

Sous le même toit – Chapitre 6

– Tu aimes ?

Laure reprit ses esprits à la question de la fille sexy qui la regardait avec un sourire en coin. Elle n’avait pas pu s’empêcher de mater Nathalie, vêtue ce jour d’un haut légèrement transparent et d’un jean taille basse d’où dépassait un string rose.

– Qu … quoi ?

– Je te demandais si tu aimes la façon dont je suis habillée.

– Euh … oui. Répondit l’adolescente en s’empourprant.

Mince ! Elle m’a surprise en train de la mater.

Laure trouvait qu’il faisait plutôt chaud dans ce bus, et la proximité de Nathalie n’y était pas étrangère. D’autant plus que depuis deux semaines, celle-ci semblait s’habiller comme si elle allait participer à un défilé de mode.

Elle veut ma mort, c’est sûr. Elle essaie de me tuer par combustion spontanée.

Le conducteur du bus freina un peu brusquement et Nathalie se retrouva contre Laure, déstabilisant un peu plus cette dernière. Elle en était sûre, son cœur cognant dans sa poitrine allait finir par se faire entendre.

– A ce soir. Dit Nathalie en faisant un clin d’œil lorsqu’elles arrivèrent au lycée.

Un clin d’œil. Est-ce qu’elle me fait du charme ? Non, je prends mes rêves pour la réalité.

Et pourtant, à plusieurs reprises ces derniers jours, elle avait eu l’impression que Nathalie la draguait. Des sourires, des phrases à double sens. Et à d’autres moments, la jeune fille faisait comme si elle n’existait pas, comme c’était souvent le cas depuis qu’elles vivaient ensemble.

De toute façon, à supposer qu’elle soit lesbienne, pourquoi s’intéresserait-elle à moi ? Je ne suis qu’une insignifiante intello.

Quelques temps plus tôt, elle l’avait entendu parler d’elle en utilisant le terme « miss parfaite ». Et cela sonnait comme un dénigrement. Cela lui avait fait aussi mal que lorsqu’elle se faisait traiter de « chouchou  du prof » ou de « sainte nitouche ».

Les deux lycéennes finissaient à la même heure ce jour, elles prirent donc le même bus pour rentrer.

– Bonne journée ? demanda la plus jeune.

 

– Hum.

Nathalie était plongée dans son téléphone portable et y resta durant tout le trajet. Laure en profita pour l’observer discrètement. Elle était belle avec ses yeux soulignés au crayon noir et ses cheveux ayant un air faussement décoiffés. Le regard de Laure descendit dans son cou, où elle y découvrit une marque.

Un suçon !

Son estomac se tordit violemment sous le coup de la jalousie. Ainsi, Nathalie voyait quelqu’un.

Les deux filles rentrèrent en silence. Nathalie passa devant pour monter les escaliers. Laure laissa ses yeux errer sur les fesses devant elle. Soudain, Nathalie se retourna, articula quelque chose et sourit avant de continuer sa route comme si de rien n’était.

Surprise, Laure s’arrêta tandis que ses joues s’enflammèrent.

Je rêve ou bien elle m’a dit « ça te plaît ? ». Est-ce qu’elle me drague ? Ou alors c’est sa façon de me dire qu’elle sait. Elle m’a grillé ?

Sous le même toit – Chapitre 5

Nathalie ne regardait pas devant elle, et de toute évidence elle n’était pas la seule. Elle attrapa Laure avant que celle-ci ne tombe. Ses yeux rencontrèrent de grands yeux noisette. Des yeux remplis de désir. Surprise, elle resta sans voix. Laure se dégagea rapidement en balbutiant ce qui ressemblait à des excuses mêlées de remerciement, et disparut.

Nathalie entra dans sa chambre en se demandant si elle avait bien vu ce qu’elle avait cru voir. Elle se savait belle et attirante, et elle aimait faire tourner des têtes. Mais elle n’avait jamais imaginé que Laure puisse être attirée par elle.

Bien que vivant sous le même toit, elles ne se parlaient que rarement. Et elle trouvait que Laure avait des réactions plus qu’étranges parfois. Nathalie mettait cela sur le compte d’une timidité maladive. Mais elle s’en fichait, elle avait d’autres choses à faire que de se préoccuper du comportement de l’adolescente qui vivait avec elle. Peut-être était-ce pour cela qu’elle n’avait jamais remarqué qu’elle lui plaisait.

A moins que ce soit tout récent. Ou alors je me fais des idées. Non, je n’ai pas pu rêver. Cette façon de me regarder. Et puis elle rougissait. En même temps, elle rougit tout le temps pour rien. A moins que ce soit pour moi.

Nathalie sourit. Elle aimait plaire. Elle se sentait flattée. Mais elle voulait en être sûre. Il lui fallait trouver une occasion de vérifier son hypothèse.

Nathalie sortit brusquement de sa chambre au moment où Laure passait devant, faisant sursauter l’adolescente.

_ Désolée.

Elle ne l’était pas vraiment, elle l’avait fait exprès.

_ Ce n’est rien. Répondit Laure en continuant son chemin.

Cependant, Nathalie la retint par le bras.

_ Attends, j’ai à te parler.

Laure semblait surprise et un peu nerveuse. Elle attendait sans dire un mot. Et Nathalie réfléchissait à toute vitesse à quelque chose à dire. Elle était en totale improvisation. Elle fixa la jeune fille dans les yeux, celle-ci ne soutint pas le regard.

_ Est-ce que ça va ?

Pff, question vraiment bidon. Tant pis, je n’ai pas d’idées.

_ Oui. Oui, ça va.

_ Tu es sûre ? Insista l’adolescente en prenant un air soucieux. J’ai eu l’impression que quelque chose n’allait pas ces derniers temps.

Tout en parlant, elle se rapprochait et avait attrapé Laure par les épaules, empêchant tout pas en arrière.

_ Euh …oui. Non … tout va bien. Ça va.

Laure semblait troublée. Nathalie se demanda si son décolleté plongeant y était pour quelque chose. Lui prenant le menton d’une main, elle releva son visage afin de la regarder droit dans les yeux. Ses joues étaient colorées et son regard … criait de désir. Et Nathalie aurait pu jurer que le rythme cardiaque de la fille qui lui faisait face s’était accéléré.

Waouh ! Je lui fais vraiment de l’effet, et pas qu’un peu !

_ Ok. Fit-elle en souriant.

Et elle rentra dans sa chambre, laissant Laure plantée dans le couloir.

Désolée ma petite Laure, mais je ne vais pas pouvoir résister.

Nathalie sourit en repensant aux joues roses, à ces yeux si remplis de désir, à ce trouble. C’était bien trop excitant et elle aimait trop séduire. Maintenant qu’elle savait l’effet qu’elle avait sur Laure, elle ne pourrait s’empêcher d’en jouer.

Juste un jeu. Il n’y aura jamais rien entre nous, tu dois bien t’en douter.

Cela n’avait rien à voir avec Laure elle-même. Elle était plutôt jolie même si elle ne se mettait pas en valeur. Et dans d’autres circonstances, Nathalie aurait pu se la faire. Fille ou garçon, cela n’avait pas d’importance pour elle. Elle avait eu autant de relations avec les deux genres.

Mais la raison pour laquelle elle ne pouvait envisager coucher avec Laure, c’était qu’elles vivaient sous le même toit.

Trop compliqué à gérer. Et puis, papa me tuerait si je touchais à la fille de sa femme. Mais je peux quand même jouer un peu.

Sous le même toit – Chapitre 4

C’était dimanche matin. Estelle et Laure étaient à table. L’adolescente avait fini son petit déjeuner mais discutait avec sa mère, lorsque Nathalie apparut.

_ B’jour. Dit celle-ci, les cheveux en bataille, un grand tee-shirt et un short lui servant de pyjama.

_ Bonjour Nathalie. Bien dormi ? Demanda Estelle.

_ Ouais, ça va.

Laure, sans dire un mot, s’éclipsa.

Son désir, loin de s’estomper, ne cessait de croître au fil des jours. Et la présence de Nathalie dans la même pièce qu’elle lui faisait perdre tous ses moyens. Ses joues avaient pris l’habitude de virer au rouge et elle semblait incapable de faire des phrases cohérentes lorsqu’elle s’adressait à la jeune fille. Alors elle l’évitait autant que possible. Elle se cloîtrait le plus souvent dans sa chambre. Les repas en famille, et surtout le bus le matin en sa compagnie, étaient des moments qu’elle redoutait. Elle était terrifiée à l’idée que son secret soit découvert.

Comment réagirait Nathalie ? Se moquerait-elle ou serait-elle dégoûtée ? Quant à sa mère, Laure ne préférait même pas imaginer sa réaction lorsqu’elle saurait que sa fille unique était attirée par les filles.

Et pourtant, l’adolescente ne pouvait s’empêcher d’observer discrètement l’objet de ses désirs, et d’apprécier la proximité obligée dans le bus.

Des coups à sa porte la tirèrent de ses pensées. C’était sa mère.

_ Je voudrais te parler à propos de Nathalie.

Cette simple phrase mit en panique l’adolescente.

_ Nathalie ? Pourquoi ?

_ Est-ce qu’il s’est passé quelque chose entre vous ?

Pourquoi elle me pose cette question ? Est-ce qu’elle m’a grillé ?

_ Euh … non. Pourquoi ?

_ J’ai bien vu que tu la fuyais comme la peste. Dès qu’elle entre dans une pièce tu en sors.

En effet, pas très discret sur ce coup là.

_ Et puis cette façon que tu as de la regarder. On dirait que tu vas lui sauter dessus. Continua Estelle.

Laure sentit les battements de son cœur s’accélérer et le rouge lui monter au visage. Elle fixa ses pieds en se tordant les mains nerveusement. Bon sang, elle a remarqué que je la matais.

_ Je me demandais donc ce qu’il avait pu se passer pour que tu la détestes à ce point.

Quoi ?

_ Je ne la déteste pas ! S’exclama l’adolescente. C’est même tout le contraire. Tu as tout faux, maman. Mais c’est peut-être mieux comme ça. C’est juste que nous sommes différentes, nous n’avons pas grand-chose en commun.

Bon sang, est-ce que Nathalie pense aussi que je la déteste ? Oh non ! Non ! Je ne le veux pas.

_ Tu devrais lui laisser une chance.

_ Une chance ? Interrogea Laure, pas sûre de comprendre.

_ Je suis sûre que vous pourriez bien vous entendre si tu apprenais à la connaître. Dit Estelle avant de sortir de la chambre.

L’adolescente se laissa tomber sur son lit et mit ses mains sur son visage. Elle avait réellement craint que sa mère ne l’ait percé à jour. Mais les conclusions à laquelle celle-ci était arrivée la consternaient.

Apprendre à la connaître ? Mais je la connais déjà. Je sais que c’est une fille formidable, en plus d’être vraiment très belle. Elle a un sale caractère, elle est bornée et laisse toujours traîner ses affaires dans toute la maison. Mais c’est aussi une personne drôle, et forte, et courageuse. Elle est presque toujours de bonne humeur, et quand elle se met en colère, ça ne dure jamais longtemps. Et elle n’est pas rancunière.

Laure avait beaucoup observé Nathalie tout en restant dans l’ombre. Et ce qu’elle ressentait allait au-delà de l’attirance. Elle aimait tout chez celle qui partageait le même toit qu’elle. Elle aurait bien voulu être son amie, à défaut de pouvoir être plus, mais elle ignorait comment faire ça.

Ce fut plongée dans ses pensées que Laure sortit de sa chambre. Et alors qu’elle marchait dans le couloir, elle buta contre quelqu’un et perdit l’équilibre. Deux bras l’empêchèrent de tomber et lorsqu’elle releva la tête, ses yeux se perdirent dans les yeux noirs de Nathalie. Aussitôt, son cœur se mit à battre plus vite tandis qu’une sensation désormais familière envahissait son ventre.

Sous le même toit – Chapitre 3

Laure resta quelques secondes sans réaction devant le corps presque nu de Nathalie. Quelques secondes seulement qui lui permirent de remarquer la dentelle du soutien-gorge noir assorti au string minuscule, d’admirer le ventre plat et les longues jambes. Reprenant ses esprits, elle rougit violemment et referma aussitôt la porte en bafouillant des excuses.

Il lui fallut un long moment avant que son visage ne retrouve une teinte normale. Elle évita soigneusement de poser à nouveau les yeux sur Nathalie qui ne s’était guère formalisée de l’incident.

Alors qu’elles attendaient le bus toutes les deux, Laure ne put s’empêcher de lui jeter quelques coups d’œil. Elle était vêtue d’un haut rouge et d’une jupe noire, courte, ainsi que d’un collant. Elle portait aux pieds des bottines à talons.

Vraiment sexy. Elle doit en faire tourner des têtes. Et ses sous-vêtements rendraient fous beaucoup de garçons. Je me demande si elle les mets pour quelqu’un en particulier.

Laure rougit à nouveau en repensant à ce qu’elle avait vu dans la salle de bain. Cette vision l’avait vraiment troublé.

Ce n’est quand même pas la première fois que je vois une fille en sous-vêtements. J’en vois tout plein chaque semaine dans les vestiaires, et même plus quand il y a piscine. Et ça ne m’a jamais perturbé.

Le bus arriva. Les deux jeunes filles entrèrent. A chaque arrêt, le bus se remplissait un peu plus, les forçant à se rapprocher un peu plus. Comme chaque matin. Mais ce jour-là, Laure se sentait mal à l’aise par cette proximité. A vrai dire, elle n’avait jamais aimé être collée aux gens dans les transports en commun, que ce soit Nathalie ou un autre. Seulement cette fois-ci, c’était différent.

Arrivées au lycée, les deux jeunes filles allèrent chacune de leur côté. Laure se sortit Nathalie de la tête afin de se concentrer sur les cours. Elle n’y pensa plus jusqu’au moment où elle la vit à l’interclasse.

Nathalie était assise sur un banc, les jambes croisées, riant à gorge déployée, en compagnie d’une blonde, Eloïse. A la voir ainsi en train de s’amuser, Laure la trouva encore plus belle. Et une drôle de sensation lui prit au ventre. Sensation qu’elle tenta vainement d’oublier pour le reste de la journée.

En rentrant chez elle, Laure vit que Nathalie était affalée sur le canapé comme à son habitude. Ses jambes étendues, ses pieds étaient posés sur la table basse. Les bottines traînaient au milieu du salon. Elle avait le coude sur l’accoudoir du canapé, la main contre sa joue.

_ Un problème ?

La question ramena brusquement Laure à la réalité. Nathalie la regardait d’un œil interrogateur, et elle prit conscience qu’elle l’avait fixé un peu trop longtemps.

_ Non. Euh … aucun. Dit-elle en rougissant avant de prendre les escaliers rapidement.

Bon sang Laure, qu’est ce qu’il t’arrive ? Tu étais en train de la mater. Ça ne va pas bien dans ta tête aujourd’hui.

La jeune fille s’installa à son bureau et essaya de se concentrer sur ses devoirs. Sans succès.

Faut que je me reprenne. Bon, Nathalie est sexy, c’est un fait. Super sexy. Mais il n’y a aucune raison de perdre ses moyens comme ça. J’ai l’impression d’être un mec là. Je ne peux quand même pas être attirée par elle.

Laure se prit la tête entre les mains. Elle n’avait jamais éprouvé du désir pour qui que ce soit, mais elle devait se rendre à l’évidence, la jeune fille aux cheveux noirs lui faisait de l’effet.

Oh non ! Elle m’attire. Comme si c’était pas assez compliqué comme situation de vivre avec cette fille si intimidante ! Tout ça pour l’avoir vu presque nue. Non. Je la trouvais déjà sexy avant. Bon sang, comment je vais faire pour la côtoyer tous les jours sans qu’elle le remarque ?

Sous le même toit – Chapitre 2

Des écouteurs dans les oreilles, Nathalie était étendue sur son lit à fixer le plafond. La soirée c’était encore soldée sur une dispute avec son père. Elle était habituée. C’était comme un rituel. Mais avoir des spectateurs à chaque fois qu’elle se faisait enguirlander, elle ne s’y était pas encore faite.

Ce n’était déjà pas génial de vivre seule avec lui. Mais là, c’est l’enfer.

Son portable vibra dans sa poche. C’était Eloïse, sa meilleure amie.

« Je reviens du ciné. Trop de la balle ce film ! »

« Me dis rien. Je veux le voir. Moi j’ai passé une soirée pourrie. »

« Keski s’est passé ? »

« Mon père m’a pris la tête. Encore. »

« Merde. Pourquoi cette fois ? »

« Pcq Laure a des super notes et pas moi. Ça craint trop de vivre avec une intello. »

« Ouais. Je te crois ma vieille. »

« Nan mais en plus, c’est la fille parfaite quoi : tjs sage, obéissante, bonne élève. Et moi à côté, ben je passe pour quoi ? »

« ‘tain ça craint. J’aurais trop la haine moi. »

Nathalie soupira. Elle aurait préféré ne pas habiter cette maison et devoir cohabiter avec Laure. Mais elle n’arrivait pas à en vouloir à l’adolescente qui n’avait certainement pas décidé de cette situation. Et puis, Laure avait l’air plutôt gentille. C’était impossible de la détester.

Si elle se la pétait avec ses airs de petite fille modèle, ce serait plus facile. Mais elle est trop effacée pour ça.

« C’est surtout mon père qui me gonfle. Je préférai vivre avec ma mère. »

La jeune fille avait vécu avec sa mère jusqu’à son entrée au lycée. Ensuite, ses parents avaient décidé qu’elle vivrait avec son père car sa mère allait être trop souvent absente pour raisons professionnelles. On ne lui avait pas demandé son avis. Mais de toute façon, elle n’aurait pas voulu que sa mère renonce à sa carrière. Et elle ne pouvait pas non plus vivre seule.

« Je file me coucher. On se retrouve demain au bahut. Kiss. »

Nathalie regarda l’heure : 22h43.

Déjà ! Il est temps de se coucher en effet.

« Moi aussi je vais dormir. A demain. Bisoux. »

De la musique retentit soudainement. Nathalie chercha à tâtons son téléphone portable sur la table de chevet, réussit à l’attraper et désactiva le réveil. Se levant, elle mit en route la radio et commença ses étirements matinaux. C’était son rituel. Chaque matin, elle prenait dix minutes pour faire un peu de gymnastique en musique. Cela lui permettait de commencer la journée de bonne humeur. Ensuite venait le petit déjeuner.

Tandis qu’elle dévorait une tartine, l’autre adolescente de la maison la rejoignit à table. Celle-ci était déjà habillée et coiffée.

_ Euh … je voulais te dire … je suis désolée pour hier soir. Dit doucement Laure sans vraiment regarder celle à qui elle s’adressait.

Nathalie en fut étonnée, ne se souvenant pas qu’elle ait fait quoique ce soit justifiant des excuses.

_ Hier soir ?

_ A table. Cette histoire de notes.

Ah ça ! Ça m’était sorti de la tête !

_ C’est rien. C’est pas ta faute.

Jetant un coup d’œil à l’horloge murale, Nathalie se dépêcha de finir son petit déjeuner et fonça à la salle de bain. Occupé.

Pff, quelle galère une salle de bain pour quatre.

Elle dût attendre une dizaine de minutes que la pièce se libère afin de prendre sa douche. Une douche bien chaude qui recouvrit le miroir de buée. L’adolescente entrouvrit donc la porte tout en s’habillant afin d’évacuer cette buée. Elle était encore en sous-vêtements lorsque la porte s’ouvrit sur Laure.

Sous le même toit – Chapitre 1

Assise dans un coin du canapé, Laure regardait avec intérêt une série télévisée retraçant la vie d’adolescents américains. Joués par des acteurs bien plus vieux pensa-t-elle en observant la carrure de « l’adolescent » beau gosse, protagoniste principal adulé par toutes les « adolescentes ».

Un « bip » attira son attention à sa droite. Nathalie, affalée dans l’autre coin du canapé, pianotait sur son téléphone portable tout en suivant d’un œil distrait ce qu’il se passait à la télévision. C’était pourtant elle qui avait choisi le programme, déclarant deux semaines auparavant que c’était l’une de ses séries préférées.

Deux semaines, c’était le temps écoulé depuis leur emménagement dans cette maison. Sa mère, Estelle, et Francis, son compagnon, en avaient eu assez d’aller une fois chez l’un, une fois chez l’autre au bout d’un an. Ils avaient donc décidé de vivre ensemble dans une nouvelle maison.

Laure, qui avait pris l’habitude de vivre seule avec sa mère, devait désormais réapprendre à vivre en société. Il y avait Francis, et la fille de celui-ci, Nathalie, âgée d’un an de plus qu’elle. Elles étaient dans le même lycée, Laure en seconde, Nathalie en première.

Les deux jeunes filles s’étaient croisés quelques fois avant d’emménager ensemble, mais n’avaient jamais réellement réussi à briser la glace. Chacune gardait ses distances.

Laure observa du coin de l’œil celle qui était de l’autre côté du canapé. Nathalie arborait une coupe courte déstructurée, du moins c’est ce que Laure avait cru entendre et n’y connaissant rien en la matière, elle s’y fiait. Ses cheveux étaient noirs tout comme ses yeux d’ailleurs. Elle avait la silhouette fine et le montrait en portant des vêtements près du corps.

Sexy. Rien à voir avec moi.

Sans être complexée par son corps, Laure se trouvait plutôt banale. Plutôt petite, pas tellement mince, un visage quelconque. Elle avait les cheveux châtains, toujours noués en une queue de cheval, parce que c’était la seule coiffure qu’elle savait faire. Les tendances vestimentaires lui passaient complètement au-dessus de la tête, pour elle, le tout était d’être à l’aise, donc tee-shirt, jean, baskets. Et elle n’avait encore jamais mis du maquillage, à l’exception du vernis à ongles.

Se sentant sans doute observée, Nathalie se tourna, le regard interrogateur. Laure se replongea aussitôt dans la série.

_ Les filles ! Venez aider à décharger la voiture et à ranger les courses ! cria Estelle depuis le garage.

Laure se leva aussitôt. Nathalie fit mine de ne pas avoir entendu.

_ Nathalie ! Appela Francis.

_ Ouais, ouais. J’arrive.

Cependant, la voiture fut déchargée avant que la jeune fille ne se lève. Laure et sa mère commencèrent à ranger les courses.

_ Nathalie ! Tu n’as pas l’impression d’être la seule à ne rien faire ? Demanda Francis en se plantant devant elle.

_ Oui et c’est agréable. Je me sens comme une princesse. Répondit-elle en faisant un sourire espiègle à son père qui lui ne souriait pas du tout. C’est bon, ne t’énerve pas, je plaisantais.

_ Cela ne me fait pas rire du tout.

_ Pas le sens de l’humour. Marmonna la jeune fille en se levant.

Laure esquissa un sourire. Bien que le comportement de Nathalie n’était pas vraiment exemplaire et l’agaçait parfois, elle aimait beaucoup son sens de la répartie.

_ A taaable ! A table tout le monde !

Tu vas finir par te casser la voix à force de crier ainsi ma pauvre maman.

_ A taaable !

Laure soupira tout en sortant de sa chambre. Dans celle d’à côté, de la musique en sortait.

Pas sûr qu’elle ait entendu. Je frappe à sa porte ou pas ?

L’adolescente hésita. Il valait mieux éviter encore une dispute entre Francis et sa fille. Tout était prétexte à la querelle entre eux deux. En même temps, Nathalie l’intimidait un peu. Beaucoup.

Allez, elle ne va pas te manger.

Elle frappa fortement à la porte afin d’être entendue malgré la musique. Celle-ci s’ouvrit brusquement.

_ Oui ?

_ Euh … le repas est prêt. Il faut descendre.

_ D’accord.

Et la porte se referma tout aussi brusquement.

Bon, et ben, je n’ai plus qu’à descendre.

Nathalie ne tarda pas à venir.

Ils étaient toujours assis à la même place depuis le début : Estelle et Francis face à face, les filles chacune à côté de son parent et donc en face. Les deux adultes faisaient la conversation lors des repas. Parfois, ils demandaient aux adolescentes si tout se passait bien au lycée. Alors, Laure parlait un peu des cours, Nathalie parlait un peu de ses amis.

_ Alors, quelle note pour cette dissertation qu’on vous a rendu Laure ? Demanda Francis.

_ Euh … dix-sept.

_ Félicitations ! Et toi, Nathalie, tu n’as pas eu de notes dernièrement ?

L’adolescente grimaça.

_ Bof. Tu les verras sur le bulletin de notes.

_ Et pourquoi tu ne me les dit pas ? Je suppose que je dois m’attendre au pire.

Nathalie haussa les épaules.

_ Ah c’est sûr qu’il ne sera pas aussi brillant que celui de Laure. Déclara Francis.

Laure aurait voulu que le sol l’absorbe à ce moment. Elle détestait ce genre de comparaisons. Et elle était persuadée que l’adolescente en face d’elle devait la haïr.