Les larmes aux yeux – Chapitre 4

5 juin, en soirée, chez Audrey

Enlacées dans le lit, les deux jeunes femmes s’embrassaient. Un baiser. Puis un autre. Et encore un autre. Et cela durait depuis un petit moment, aucune des deux ne voulant arrêter. En parallèle, la main d’Audrey, glissée sous le tee-shirt de sa petite-amie, dessinait des arabesques dans son dos.

Soudain, Louise se dégagea de cette étreinte et mit de la distance entre elles, laissant sa compagne totalement décontenancée.

– Je crois que ce sera ça le pire pendant ces prochains mois.

– Quoi ? Demanda Audrey, essayant à la fois de comprendre le sens de cette phrase et comment elles étaient passées des baisers à cette phrase justement.

– Je parle de ce qu’on était en train de faire. Répondit Louise, comme si c’était une évidence.

Audrey fronça les sourcils. Parfois, elle se disait qu’il lui faudrait un traducteur avec Louise. Parce qu’encore une fois, ce que celle-ci disait ne semblait avoir aucun sens.

– Ce qu’on était en train de faire ? Tu veux dire s’embrasser ?

– Hmm, tu faisais plus que m’embrasser !

– Oui. Et donc … ça t’embête que je te touche ? Demanda prudemment Audrey.

– Non ! Pas du tout ! C’est … bien. J’aime … beaucoup. Répondit Louise en se mettant à rougir.

– Alors … c’est quoi le problème ?

– De devoir s’arrêter. Grimaça la jolie blonde.

Audrey haussa d’abord les sourcils, puis un sourire s’étira sur ses lèvres. Même si les deux femmes partageaient le même lit depuis un mois, elles n’étaient encore jamais allées plus loin que quelques caresses chastes. Audrey en avait certes envie depuis longtemps, mais il était hors de question de brusquer les choses avec Louise. Alors elle attendait que sa belle blonde manifeste le désir d’aller plus loin. Et la frustration qui s’entendait dans sa dernière phrase ressemblait fort à cela.

– Mais qui a dit qu’on devait s’arrêter ? Questionna Audrey sur un ton suggestif, tout en se rapprochant de sa belle.

– Je suis toujours enceinte.

Louise avait en effet décidé de garder le bébé, mais Audrey ne voyait pas le rapport.

– Et donc ? Être enceinte n’interdit pas de faire l’amour.

– Pas officiellement. Mais bon …

– Mais bon quoi ?

– C’est un peu rédhibitoire quand même. Regarde moi, je suis repoussante !

Audrey écarquilla les yeux, stupéfaite, avant de se redresser. Dans les yeux verts de Louise, elle pouvait voir que celle-ci pensait ce qu’elle venait de dire. Alors, la jeune femme se mit à l’observer attentivement. Elle commença par son visage encadré par ses beaux cheveux blonds. Elle regarda la petite cicatrice au dessus du sourcil gauche, seule trace visible du récent accident, puis ses yeux verts à la fois étonnés et plein d’incertitude avant de passer à ses joues légèrement rebondies. Le regard d’Audrey s’attarda un instant sur les lèvres si attirantes, puis se posèrent sans pudeur sur la poitrine cachée sous un tee-shirt. Peut-être ses seins étaient-ils plus gros qu’avant, mais cela ne se voyait guère. Plus bas, le ventre n’était plus aussi plat qu’autrefois, cela se voyait tout de suite, mais il n’était pas encore rond. Audrey remonta ses yeux jusqu’à ceux de Louise, qui semblait un peu gênée.

– Non, il n’y a absolument rien de repoussant chez toi. Dit la jeune femme très sérieusement, avant de venir s’installer à califourchon sur sa compagne.

– Tu en es sûre ? Ne put s’empêcher de demander celle-ci.

Lentement, Audrey se pencha jusqu’à ce que ses lèvres se posent sur celles de Louise.

– Absolument sûre.

Les lèvres glissèrent jusqu’au cou pour y déposer de nombreux baisers.

– Tu es belle Louise.

Les baisers remontèrent au niveau du menton.

– Et j’ai vraiment envie de toi.

Audrey recula son visage pour fixer son regard dans les yeux verts.

– Alors la seule chose qui importe c’est : qu’est ce que tu veux toi ?

Pour toute réponse, Louise passa ses bras autour du cou de sa petite-amie et l’attira pour un long baiser passionné. Une main se faufila presque aussitôt sous son tee-shirt, caressant la peau frissonnante de son ventre.

Audrey se délectait de la douceur de Louise sous ses doigts. Ce n’était pas la première fois qu’elle la caressait à ce niveau, mais ce soir, c’était différent. Et bientôt, elle sentit avec bonheur les mains de sa compagne sur sa propre peau.

Mais toucher n’était pas suffisant. Audrey se redressa et tira sur les bras de Louise afin de la mettre en position assise. Elle s’empressa ensuite de se débarrasser des tee-shirts. Face à face, à demi dévêtues et sans un mot, chacune admira le corps de l’autre, avec émotion, avec envie. Louise fut la première à tendre la main et Audrey ferma les yeux lorsque ses doigts effleurèrent un sein.

Un instant plus tard, les deux corps retombèrent sur le lit, peau contre peau, se caressant partout où elles le pouvaient. Et après les mains, ce furent aux bouches de partir à la découverte du corps de l’autre. Louise poussa un long gémissement lorsque sa compagne prit un téton en otage entre ses lèvres. Et Audrey eut le souffle coupé lorsque sa petite-amie redessina le contour du tatouage sur sa cuisse du bout de la langue.

– C’est ma première fois. Enfin … je veux dire … j’ai déjà fait … l’amour. En même temps vu mon état …. Mais ce que je veux dire … c’est que j’ai jamais …

Agenouillée entre les cuisses ouvertes impudiquement de sa compagne, Louise bafouillait tout en observant, à la fois émue et nerveuse, le corps qui s’offrait à elle.

– … avec une femme …

– Je sais.

– C’est ma première fois avec une femme.

– Je sais. Répondit Audrey avec un sourire.

Les minutes qui suivirent ne furent que plaisirs. Audrey se laissa simplement portée par les sensations qui se propageaient dans tout son être. Puis, comblée sans même un orgasme, elle décida de donner à son tour du plaisir. Guidée par les gémissements de Louise, la jeune femme caressa de ses doigts, de ses lèvres et de sa langue l’intimité de son amante. Et alors que sa belle blonde crispait ses doigts sur les draps, Audrey songea qu’elles n’allaient pas beaucoup dormir cette nuit et que le réveil serait difficile le lendemain.

10 juillet, fin d’après-midi, chez Audrey

– C’est qu’un crétin. Grommela Audrey.

La jeune femme était installée sur le canapé, un bras passé autour des épaules de Louise. Celle-ci, blottie contre sa petite-amie, hocha la tête. Elle venait de raconter la discussion qu’elle avait eu avec Loïc au sujet du bébé à venir. C’était Audrey qui avait insisté pour qu’il soit mis au courant, puisqu’il était le géniteur.

Loïc avait été très clair. Il ne voulait rien savoir de ce bébé et surtout, il était hors de question qu’il paie pour quoi que ce soit.

– C’est mieux comme ça. Je voulais pas l’avoir dans ma vie à nouveau.

Audrey sourit et déposa un baiser sur la tête de sa compagne. Elle aussi préférait de loin ne plus avoir à faire à ce naze. Elle voulait qu’il soit mis au courant par simple correction, mais le fait qu’il se défile l’arrangeait.

– Tu as raison. Et puis toi et le bébé n’avaient pas besoin de lui puisque je suis là moi.

Sur ses paroles, elle prit la main de Louise et la porta à ses lèvres.

– Oui et d’ailleurs à ce sujet … commença la jolie blonde avant de s’arrêter subitement.

– Oui ?

– Non, laisses tomber.

Audrey fronça les sourcils.

– Dis-moi !

Louise grimaça, prit une inspiration avant de finalement secouer la tête.

– Non rien. C’est une bêtise.

Audrey connaissait suffisamment sa petite-amie pour deviner qu’il s’agissait d’une chose importante qu’elle n’osait pas dire. Se décalant légèrement, elle prit le menton de Louise entre ses doigts et fit tourner son visage de façon à ce que leurs regards se croisent.

– Louise, qu’est ce que tu allais me dire ?

La jeune femme hésita encore quelques secondes avant de répondre.

– Bon, d’accord. Alors c’est qu’une proposition, et tu n’es pas forcée d’accepter. Je le prendrais pas mal si tu refuses. D’accord ?

– D’accord.

– En fait, comme Loïc ne veut pas être dans la vie du bébé, je me disais que … tu pourrais prendre la place. Je veux dire … que tu sois pas seulement celle qui sort avec sa mère, mais … en fait, que ce soit notre enfant à toutes les deux … enfin, si tu veux.

Audrey mit un moment avant de comprendre que ce que sa compagne lui proposait, c’était de ne pas être que la belle-mère de cet enfant mais de devenir réellement son parent, à égalité avec Louise.

– En gros, tu me proposes d’être maman ?

– Oui. Si tu veux.

Audrey poussa un soupir et songea que c’était pas loin d’une demande en mariage. Sauf que c’était encore plus sérieux parce qu’on ne peut pas divorcer de son enfant. Ce n’était pas une décision à prendre à la légère.

Cela ne faisait même pas trois mois qu’elles sortaient ensemble. Elles vivaient ensemble depuis le début. Il avait fallu se faire à l’idée qu’un bébé allait pointer son nez bientôt. C’était un grand bouleversement dans la vie d’Audrey. Mais la proposition de Louise était d’un tout autre niveau.

Louise justement attendait une réponse, inquiète.

– Je ne m’attendais pas à ça. C’est … waouh ! Une sacrée proposition ça !

La jolie blonde hocha la tête, attendant la suite.

– Tu veux bien me laisser un peu de temps pour y réfléchir ?

– Oui. Oui, bien sûr.

Audrey sourit, puis embrassa Louise tendrement.

4 avril, nuit, chez Audrey.

Des pleurs retentirent dans la chambre. Dans le lit, deux formes remuèrent.

– Chérie ! Ton fils pleure ! Grommela Audrey en ramenant la couette sur sa tête.

– « Mon » fils ?

– Oui. Quand il pleure en plein milieu de la nuit, c’est le tiens !

– Ah bon … c’est nouveau ça. Mais c’est quand même « ton » tour.

– Non, je crois pas.

– Si. Je me suis levée tout à l’heure, c’est à toi.

Audrey grogna, puis chercha à tâtons la lampe de chevet. La lumière agressa ses yeux à peine ouverts. La jeune femme se déplaça jusqu’au lit de bébé, situé dans la même chambre.

– Bon alors, pourquoi tu pleures toi ?

Délicatement, elle prit le nourrisson qui criait dans ses bras. Celui-ci fixa ses yeux remplis de larmes dans les siens. Exactement les mêmes yeux que Louise.

– Shh ! Maman est là. Murmura la jeune femme en berçant l’enfant.

– Ah ! C’est ton fils aussi maintenant? Marmonna une voix ensommeillée venant du lit.

Audrey sourit, amusée.

Sa vie avait tellement changé en si peu de temps. Un an auparavant, Louise n’était que sa meilleure amie. Désormais, elles étaient mamans d’un adorable petit garçon. Audrey n’avait pas mis longtemps à accepter la proposition de sa compagne. D’ailleurs, elle lui avait répondu par une autre proposition : puisqu’elles allaient avoir un enfant ensemble, autant officialiser leur couple aux yeux de la loi. Elles s’étaient donc pacsées, fin août. Le mariage serait pour plus tard, quand elles auraient les moyens de payer une belle fête.

La priorité du moment était de se trouver un nouvel appartement car le deux-pièces dans lequel Audrey avait emménagé il y avait quelques années était désormais bien trop petit. Mais la recherche n’était pas évidente. Elle travaillait, Louise poursuivait ses études et le bébé les épuisait totalement.

Le regard de la jeune mère se reporta sur son fils qui s’était rendormi. Il n’était arrivé dans sa vie que quelques mois plus tôt, et déjà, il était le centre de son univers. Audrey remit le garçon dans son lit et regagna le sien.

– Tu en as mis du temps. Reprocha Louise tout en venant se coller contre elle.

Audrey sourit et serra sa jolie blonde contre elle. Elle aussi était le centre de son univers. Et dire que leur histoire avait commencé peu après que Louise ait débarqué chez elle en mode folle furieuse, l’insultant et lui disant qu’elle ne voulait plus jamais la revoir. Pas commun comme début de relation.

C’était ce jour là qu’Audrey avait rencontré la mère de Louise. Elle l’avait revu une fois ensuite, lorsque sa compagne avait décidé d’affronter ses parents. Ce fut très houleux et douloureux, mais cela avait permis à Louise d’avancer et de se reconstruire. Elle n’avait plus revu sa famille depuis. En revanche, elles voyaient régulièrement la famille d’Audrey qui avait adopté Louise dès la première rencontre. L’étudiante en avait été surprise, pas Audrey. Après tout, elle-même avait craqué pour cette jolie blonde dès leur première rencontre.

Fin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *