Cobayes – Partie 1

1990, 18 février

_ Maman, tu crois aux extraterrestres?

Elle sourit tout en continuant à repasser.

_ Non.

Je savais qu’elle allait répondre cela.

_ Ils existent pourtant.

_ Vraiment? Comment le sais-tu?

_ Je les ai vu.

Elle continuait sa tâche sans même me regarder.

_ Je suis allé dans leur vaisseau.

_ Super!

Elle ne me croyait pas.

_ Je ne mens pas. C’est vrai!

_ D’accord. Et ils ressemblent à quoi?

_ Ils sont un peu comme nous, mais pas tout à fait.

_ Ils sont gentils?

_ Je ne sais pas. Ils m’ont enlevé. Ils me font peur!

A chaque fois que j’avais peur, je le disais à maman, parce qu’une maman sait rassurer. Mais pas cette fois ci.

_ Dans ce cas neutralises les avec ton super-bazooka-immobilisant-galactique!

_ MAIS POURQUOI TU NE ME CROIES PAS!

Les larmes aux yeux, je courus dans ma chambre et me jetais sur mon lit. Maman me suivit et vint s’asseoir à coté de moi.

_ David qu’est ce qu’il t’arrive?

_ Tu me croies pas! Mais c’est vraiment vrai. Dis-je en reniflant.

_ Je suis une adulte David! Tu ne peux pas me faire marcher comme tes amis! Et puis j’ai fait de mon mieux pour entrer dans ton jeu!

_ Mais ce n’est pas un jeu!

Elle soupira et passa une main dans mes cheveux.

_ Écoutes chéri, je n’ai pas le temps de jouer avec toi, j’ai encore beaucoup de choses à faire. D’accord?

_ D’accord.

Elle ne me croirait pas, c’était inutile que j’insiste. Les adultes ne prennent jamais au sérieux les enfants.

1990, 19 février

Je faisais de la balançoire dans le jardin quand je vis la chose. C’était une petite boule grise qui volait vers moi. Je ne savais pas ce que c’était, et cela m’intriguait. Et soudain, il y eût un flash, comme lorsque l’on prend une photo. Je me suis retrouvée dans une pièce avec beaucoup de gens qui me regardaient. Ils avaient des yeux qui leur sortaient presque de la tête et qui étaient énormes. C’était affreux et très effrayant. Et tous ces yeux me fixaient.

Je voulus m’enfuir, mais ils étaient tous autour de moi. Une main m’attrapa. Elle était grosse, grande et n’avait pas d’ongles aux doigts. Je m’évanouis.

Quand je revins à moi, j’étais attachée sur une sorte de lit. Il y avait encore tous ces gens aux yeux énormes, habillés étrangement et qui parlaient une langue que je ne connaissais pas. La plupart avait des cheveux blancs, mais certains avaient les cheveux rouges, orange ou rose. Ils avaient des masques sur la bouche et le nez.

Il y avait aussi des machines comme dans un hôpital. Des écrans avec des symboles bizarres. Des tuyaux. Des boutons partout.

Quand ils ont vu que j’étais réveillée ils se sont approchés. Et ils ont commencé…à utiliser des instruments étranges sur moi. Je criais, je bougeais, je pleurais. Ils me faisaient mal. Mais surtout, ils me faisaient peur. Et puis, quand ils eurent fini on me ramena là où j’étais apparue. Et je me retrouvai à côté de ma balançoire.

J’étais comme les souris dans les laboratoires sur lesquelles on fait des expériences. J’étais un cobaye!

Personne ne voulut me croire. Ma mère me dit :

_ Chloé, cesse de débiter des sornettes!

1990, 28 mars

Ma maman m’emmène souvent au terrain de jeux. Elle dit que je dois en profiter parce que j’ai huit ans et que la vie devient plus compliquée quand on grandit. J’aime beaucoup jouer dans le château fort et faire le toboggan en spirale de la tour. Mais le mercredi, il y a toujours beaucoup d’enfants.

Je glisse par la trappe du cachot afin de libérer le dragon! Et soudain, un objet volant vient vers moi. Je suis seul dans ce coin du château et personne ne peut me voir. Un flash!

Les mains sur les yeux, je regarde entre deux doigts les extraterrestres. Il y en a un qui vient vers moi et m’attrape. Il a les cheveux roses et un masque gris sur la bouche. Mais ce sont ses yeux qui me font peur. Ils ont tous des yeux énormes.

L’extraterrestre me pose sur le lit, comme la dernière fois, et j’ai peur. Mais je ne veux pas pleurer. Je ne bouge pas. De toute manière je ne pourrais pas avec les ceintures que j’ai. On me colle plein de fils sur moi.

Les extraterrestres parlent dans leur langue. Il y en a sept autour de moi, et d’autres derrière des machines.

Tout à coup, je sens un picotement dans la main, puis dans le reste du corps. Celui qui m’a porté dit quelque chose fort. Ça me brûle. Et je me mets à pleurer. Je veux rentrer chez moi. Je veux ma maman. Les brûlures s’arrêtent mais j’ai encore mal partout.

Un extraterrestre s’approche avec avec une sorte de gobelet avec une paille, et veut me faire boire. Mais je ne veux pas. Je ferme la bouche de toute mes forces. Il essaie d’ouvrir ma bouche pour mettre la paille.

Quelqu’un crie dans la salle. Un extraterrestre bouscule celui qui veut me faire boire. Celui qui m’avait porté au début le gronde. Ils se disputent mais je ne comprends rien à ce qu’ils disent.

Celui qui a bousculé vient à côté de moi et enlève son masque gris. Il a une bouche et un nez qui sont normal. Et il me sourit. Il me parle aussi comme si je comprenais. Il me détache mais j’ai trop mal pour bouger. Alors il me relève et il m’apporte le gobelet.

Je mets mes mains devant ma bouche. J’ai entendu une fois à la télé que des gens peuvent mettre de la drogue dans de l’eau ou du jus.

L’extraterrestre continue à me parler et à sourire. Il a des cheveux blancs mais il n’a pas l’air vieux comme papy. Il a l’air gentil même s’il a des yeux effrayants! Et il essaie toujours de me faire boire. Derrière lui, l’extraterrestre aux cheveux roses qui m’avait porté n’a pas l’air content.

Finalement je bois. C’est pas bon. Je repousse la paille en faisant la grimace. C’est comme le médicament pour le mal de ventre! Et puis j’ai plus mal. En fait c’était un médicament. Je souris à celui qui a des cheveux blancs. Il se lève et me prends par l’épaule pour m’amener dans le rond où je suis apparu. Un flash!

Je suis à côté d’un arbre. Je vois l’aire de jeux pas loin.

_ Bon sang où étais-tu passé David?

Maman est très inquiète et me serre contre elle.

_ Les extraterrestres sont encore venus me chercher.

1990, 17 juin

La boule volante! Là revoilà!

Sans réfléchir plus longtemps, je laissai mon cartable par terre et me mis à courir. Pas assez vite! Une seconde plus tard, je me retrouvai à nouveau dans cette salle que je connaissais à bien connaître.

C’était la cinquième fois. A chaque fois, je ne pouvais y échapper. La boule volante me retrouvait toujours. J’aurais bien voulu y voir ce psycologue à ma place. Il me dit que cela n’existe que dans ma tête, mais pourtant tout semble si réel.

Ils n’ont plus leur masque comme la première fois. L’un d’eux me parle, mais je n’y comprends rien. Je cherche une issue, même si je sais qu’il n’y a pas moyen de s’enfuir d’ici.

_ Laissez-moi tranquilles! Vous n’existez pas!

Pourtant, un de ces êtres qui ne devaient pas exister me prit par le bras. Telle une bête, je me débattis, donnant coups de pieds et coups de poings, mordant et griffant. Ils se mirent à cinq pour m’immobiliser.

Ce fut encore une séance éprouvante, avec des piqûres et des fils reliés à des machines. Je ne sais pas ce qu’ils me veulent à la fin. Je voudrais juste qu’ils me laissent tranquilles, et se trouvent un autre cobaye.

La nuit commençait à tomber lorsque je retrouvai mon cartable. J’étais épuisée. Je rentrai chez moi, en appréhendant la prochaine fois où ils viendraient me prendre.

Mon père était furieux; j’aurais dû être à la maison il y a deux heures.

_ Ce n’est pas de ma faute!

_ C’est sans doute encore les extraterrestres! Se moqua mon idiot de grand-frère.

_ C’est la vérité.

Je savais déjà qu’on ne me croirait pas, une fois de plus!

_ Bon sang Chloé tu as douze ans! Tu n’as plus l’âge de raconter de telles histoires!

3 réponses

  1. C’est très bien ecrit, comme toujours mais trop dur pour que je lise les prochains chapitre.
    J’attends d’avoir plus le moral.
    Merci

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