C’était la fin – Chapitre 4

Les yeux fixés au plafond, Magalie pensait à ces derniers jours. Elle était toujours à l’hôpital. Sa mère était là tous les jours, et elles se parlaient beaucoup. Jo également était là. La jeune femme avait d’abord pensé qu’elle se sentait obligée de venir, qu’elle culpabilisait et qu’elle avait pitié d’elle. Mais Jo avait su la rassurer. Elle était toujours son amie et les mots douloureux qu’elle avait eus quelques temps plus tôt n’avaient aucune importance.

Magalie avait encore un peu de mal à y croire. Elle avait été tellement persuadée d’avoir perdu sa meilleure amie. Et rien que d’y repenser, elle sentait son cœur se serrer et la panique s’emparer d’elle. Elle était beaucoup trop sensible, elle le savait. Et elle se demandait comment Jo pouvait supporter un boulet comme elle.

Boulet au point d’avoir voulu mettre fin à ses jours pour des broutilles. Car il ne s’était rien passé de significatif dans sa vie. Elle était juste très seule. Avec beaucoup trop de temps libre pour ruminer sur ses problèmes.

Elle avait eu des pensées suicidaires assez souvent dans sa vie. Mais la pensée des gens qui l’aimaient l’avait toujours retenu de vouloir passer à l’acte sérieusement. Cette fois-ci, cela n’avait plus été suffisant. Elle ne devait d’être encore en vie qu’à Camille. Celle-ci était venue lui rendre visite aussi. Elle avait été adorable. Et Magalie s’en voulait de lui avoir fait subir tout cela. Comme à tous d’ailleurs.

Toc, toc, toc.

Magalie se redressa pour voir sa mère entrer, tout sourire. Ce n’était qu’une façade, pour ne pas lui montrer à quel point elle s’inquiétait. Et puis sa mère se mit à parler, parler, parler, … Magalie sourit car c’était tout à fait elle ça. Elle n’écoutait que distraitement tout ce bavardage. Les nouvelles de la famille. Les commérages de voisinage. La cafetière en panne. Son retour au domicile parental.

– Quoi ??? Mais non, pas question !!! Je ne vais pas revenir à la maison !!!

– Magalie, il le faut bien. Tu n’as plus les moyens de garder ton appart. Et de toute façon, il est hors de question de te laisser seule après … ça.

– Mais je ne veux pas revenir !

– Ce ne serait que pour quelques temps, jusqu’à ce que tu ailles mieux.

– Mais je n’irais pas mieux là-bas. Ma vie est ici, et si je pars, je ne pourrais plus revenir. Plutôt mourir !

– Ne dis pas ça Magalie ! Tu …

Magalie n’écoutait déjà plus. Elle pleurait. Elle répétait qu’elle ne voulait pas. Et elle s’en fichait d’avoir l’air d’une enfant capricieuse à ce moment. Elle adorait sa mère mais vivre avec elle, elle ne pouvait pas. Retourner dans ce petit village où tout se sait à la vitesse de la lumière, c’était renoncer à sa liberté. Elle avait besoin d’être autonome, de faire ce qu’il plaisait quand elle le voulait, et sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Et partir d’ici, c’était s’éloigner de Jo. De Camille aussi, de Daniel et des autres. Mais surtout de Jo.

Jo apparut soudain dans la pièce et Magalie ne put s’empêcher de la supplier.

– Ne la laisse pas m’emmener. S’il-te-plait, empêches la !

Sa mère se mit aussitôt à exposer son point de vue à sa meilleure amie. Avec ses soucis financiers, elle ne pouvait plus garder son appartement. Et surtout, on ne pouvait pas la laisser seule, elle avait besoin d’être entourée. Il n’y avait pas d’autre solution.

– Si. Déclara Jo tout en fixant Magalie. Tu peux venir vivre chez moi.

Magalie cessa de respirer face à cette proposition inattendue. Jo était sérieuse, elle la regardait toujours, attendant une réponse. Et sa mère s’était arrêtée de parler, attendant aussi. Mais elle était trop abasourdie pour parler. Jo lui proposait de vivre avec elle, dans son petit appartement. Elle y avait de temps en temps passé des nuits là-bas. Mais y vivre sur une période indéterminée, c’était autre chose.

Elle était touchée. Elle en aurait fait de même dans la situation inverse. Mais pas parce que sa meilleure amie serait en train de faire une crise digne d’un enfant de quatre ans.

– Je … Merci. C’est gentil. Mais … je ne peux pas accepter.

– Pourquoi ? Demanda Jo en fronçant les sourcils.

– Je ne veux pas m’imposer.

– Tu ne t’imposes pas puisque je propose !

– Oui et c’est vraiment gentil. Mais je ne veux pas te déranger. Et puis tu auras vite marre de moi. Je peux être insupportable.

– N’importe quoi ! Je te connais depuis années, je le saurais si tu pouvais être insupportable. Et tu ne me dérangeras pas du tout. S’il y a bien une personne avec qui je peux vivre, c’est toi.

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