C’était la fin – Chapitre 1

*Va se pendre* Quelqu’un aurait une corde svp ?

Magalie soupira en regardant son écran. Pourquoi les gens disent tout le temps qu’ils vont se pendre sur ce forum. Quel mauvais moyen de se suicider !

D’abord, il faut aller se procurer une corde. Où est-ce que ça s’achète ça ? Dans un magasin de bricolage ? Ou peut-être dans les grandes enseignes pour le sport, du côté du rayon escalade.

Et puis, une fois qu’on a la corde, il faut trouver un endroit où l’accrocher. Magalie regarda autour d’elle. Absolument aucune possibilité. Ou alors il faudrait percer un trou au plafond et y fixer un genre d’anneau. Trop compliqué. Peut-être aller dehors et trouver un arbre plutôt. Mais il faudrait que ce soit un coin isolé, ou une heure à laquelle il n’y a personne, sinon la tentative serait empêchée.

Bon, et ensuite, quand on a la corde et trouvé le lieu où l’accrocher, il faut encore réussir à faire un nœud. Mais c’est l’étape la plus facile. Il suffit d’aller voir sur internet. On trouve de tout sur internet. Il parait même qu’on peut trouver comment fabriquer des bombes.

Au revoir.

Magalie attendit un instant avant d’éteindre l’ordi, pour voir si quelqu’un lui répondait, mais le message passa inaperçu. Ce n’était même pas une surprise.

Il y avait bien d’autres moyens de mettre fin à ses jours. Sauter. Mais elle était au premier étage, ce n’était pas suffisant. C’était toujours possible de monter en haut d’un immeuble, ou d’aller se jeter d’un pont. Mais ce n’était pas la solution qu’elle choisirait. Elle préférait rester chez elle, et n’embêter personne.

Embêter personne … Elle regarda son téléphone. Elle n’aimait pas appeler les gens, parce qu’elle avait toujours peur d’embêter. Il n’y avait que sa mère qu’elle appelait régulièrement.

Vous êtes sur la boîte vocale du …

Et régulièrement, elle tombait sur la messagerie. A quoi cela servait d’avoir un téléphone puisqu’elle ne répondait jamais. Magalie regarda les numéros enregistrés dans son téléphone. Elle devrait peut-être envoyer un sms à quelqu’un.

Salut toi. Ça va ?

Message totalement bateau, mais elle ne savait que dire d’autre. Les minutes passaient sans rien. La personne devait être occupée. Elle envoya des sms à deux autres personnes. Mais elles avaient toute une vie, elles. Un boulot, une famille, des amis, des loisirs, …

Magalie n’avait rien. Elle avait perdu son emploi. Sa famille ne s’intéressait guère à elle. Ils ne donnaient jamais de nouvelles, et elle en avait eu marre de toujours faire le premier pas, elle avait laissé tomber. Sa vie sentimentale, c’était le néant. Les rares amis qu’elle avait ne répondaient pas à ses sms. Et elle n’avait pas d’argent à dépenser dans des activités ludiques. D’ailleurs, l’argent devenait un réel souci. Elle n’avait plus d’emploi, elle avait travaillé trop peu pour percevoir les indemnités chômage, et elle n’avait pas droit au RSA, car elle avait moins de vingt-cinq ans. Système pourri !

Se trancher les veines avec un couteau de cuisine, ce serait simple. Elle y pensait souvent, quand elle cuisinait. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser aussi que cela mettrait du sang de partout et que ce ne serait pas sympa pour ceux qui devront nettoyer après.

Son regard s’arrêta sur un nom dans le téléphone : Jo. Sa meilleure amie. Et bien plus que ça d’ailleurs. Mais elle ne le savait pas. En tant normal, ce serait à elle qu’elle aurait envoyé un sms en premier. C’était vers elle qu’elle se tournait lorsque ça n’allait pas. Jo arrivait toujours à lui redonner le sourire. Mais les choses avaient un peu changé dernièrement. Et la dernière fois qu’elle lui avait parlé, Jo lui avait dit qu’elle la saoulait et de trouver quelqu’un d’autre à qui parler.

Magalie hésita sur son nom. Mais elle ne voulait pas la saouler encore. Elle lui épargnerait cela. Définitivement. Les larmes roulèrent sur ses joues et son téléphone tomba.

Sur la table, elle avait mis toutes les boites de médicaments qu’elle avait. Elle ne savait pas exactement ce qu’il fallait, et en quelle quantité. Dans le doute, elle avait tout pris : les médicaments contre les maux de tête, ceux contre les maux de ventre, le sirop pour la toux, … Avec du panaché. C’était la seule chose qui ressemblait à de l’alcool qu’elle avait.

Magalie ne pouvait plus s’arrêter de pleurer. Et elle commençait à se sentir faible. Et elle avait très peur d’un coup. Qu’est ce qu’il y avait après ?

Et puis, quel gâchis. Il y avait tellement de choses qu’elle n’avait pas faites. Et elle avait eu tellement de projets. Elle aurait voulu vivre un grand amour. Fonder une famille. Avoir une belle maison. Avec peut-être un chien. Jouer au bowling. Elle n’avait jamais joué au bowling.

Un petit rire s’échappa de ses lèvres. Quel ridicule de penser à ça en mourant.

Elle sombrait … C’était la fin.

Le téléphone sonna.

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