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Les larmes aux yeux – Chapitre 4

5 juin, en soirée, chez Audrey

Enlacées dans le lit, les deux jeunes femmes s’embrassaient. Un baiser. Puis un autre. Et encore un autre. Et cela durait depuis un petit moment, aucune des deux ne voulant arrêter. En parallèle, la main d’Audrey, glissée sous le tee-shirt de sa petite-amie, dessinait des arabesques dans son dos.

Soudain, Louise se dégagea de cette étreinte et mit de la distance entre elles, laissant sa compagne totalement décontenancée.

– Je crois que ce sera ça le pire pendant ces prochains mois.

– Quoi ? Demanda Audrey, essayant à la fois de comprendre le sens de cette phrase et comment elles étaient passées des baisers à cette phrase justement.

– Je parle de ce qu’on était en train de faire. Répondit Louise, comme si c’était une évidence.

Audrey fronça les sourcils. Parfois, elle se disait qu’il lui faudrait un traducteur avec Louise. Parce qu’encore une fois, ce que celle-ci disait ne semblait avoir aucun sens.

– Ce qu’on était en train de faire ? Tu veux dire s’embrasser ?

– Hmm, tu faisais plus que m’embrasser !

– Oui. Et donc … ça t’embête que je te touche ? Demanda prudemment Audrey.

– Non ! Pas du tout ! C’est … bien. J’aime … beaucoup. Répondit Louise en se mettant à rougir.

– Alors … c’est quoi le problème ?

– De devoir s’arrêter. Grimaça la jolie blonde.

Audrey haussa d’abord les sourcils, puis un sourire s’étira sur ses lèvres. Même si les deux femmes partageaient le même lit depuis un mois, elles n’étaient encore jamais allées plus loin que quelques caresses chastes. Audrey en avait certes envie depuis longtemps, mais il était hors de question de brusquer les choses avec Louise. Alors elle attendait que sa belle blonde manifeste le désir d’aller plus loin. Et la frustration qui s’entendait dans sa dernière phrase ressemblait fort à cela.

– Mais qui a dit qu’on devait s’arrêter ? Questionna Audrey sur un ton suggestif, tout en se rapprochant de sa belle.

– Je suis toujours enceinte.

Louise avait en effet décidé de garder le bébé, mais Audrey ne voyait pas le rapport.

– Et donc ? Être enceinte n’interdit pas de faire l’amour.

– Pas officiellement. Mais bon …

– Mais bon quoi ?

– C’est un peu rédhibitoire quand même. Regarde moi, je suis repoussante !

Audrey écarquilla les yeux, stupéfaite, avant de se redresser. Dans les yeux verts de Louise, elle pouvait voir que celle-ci pensait ce qu’elle venait de dire. Alors, la jeune femme se mit à l’observer attentivement. Elle commença par son visage encadré par ses beaux cheveux blonds. Elle regarda la petite cicatrice au dessus du sourcil gauche, seule trace visible du récent accident, puis ses yeux verts à la fois étonnés et plein d’incertitude avant de passer à ses joues légèrement rebondies. Le regard d’Audrey s’attarda un instant sur les lèvres si attirantes, puis se posèrent sans pudeur sur la poitrine cachée sous un tee-shirt. Peut-être ses seins étaient-ils plus gros qu’avant, mais cela ne se voyait guère. Plus bas, le ventre n’était plus aussi plat qu’autrefois, cela se voyait tout de suite, mais il n’était pas encore rond. Audrey remonta ses yeux jusqu’à ceux de Louise, qui semblait un peu gênée.

– Non, il n’y a absolument rien de repoussant chez toi. Dit la jeune femme très sérieusement, avant de venir s’installer à califourchon sur sa compagne.

– Tu en es sûre ? Ne put s’empêcher de demander celle-ci.

Lentement, Audrey se pencha jusqu’à ce que ses lèvres se posent sur celles de Louise.

– Absolument sûre.

Les lèvres glissèrent jusqu’au cou pour y déposer de nombreux baisers.

– Tu es belle Louise.

Les baisers remontèrent au niveau du menton.

– Et j’ai vraiment envie de toi.

Audrey recula son visage pour fixer son regard dans les yeux verts.

– Alors la seule chose qui importe c’est : qu’est ce que tu veux toi ?

Pour toute réponse, Louise passa ses bras autour du cou de sa petite-amie et l’attira pour un long baiser passionné. Une main se faufila presque aussitôt sous son tee-shirt, caressant la peau frissonnante de son ventre.

Audrey se délectait de la douceur de Louise sous ses doigts. Ce n’était pas la première fois qu’elle la caressait à ce niveau, mais ce soir, c’était différent. Et bientôt, elle sentit avec bonheur les mains de sa compagne sur sa propre peau.

Mais toucher n’était pas suffisant. Audrey se redressa et tira sur les bras de Louise afin de la mettre en position assise. Elle s’empressa ensuite de se débarrasser des tee-shirts. Face à face, à demi dévêtues et sans un mot, chacune admira le corps de l’autre, avec émotion, avec envie. Louise fut la première à tendre la main et Audrey ferma les yeux lorsque ses doigts effleurèrent un sein.

Un instant plus tard, les deux corps retombèrent sur le lit, peau contre peau, se caressant partout où elles le pouvaient. Et après les mains, ce furent aux bouches de partir à la découverte du corps de l’autre. Louise poussa un long gémissement lorsque sa compagne prit un téton en otage entre ses lèvres. Et Audrey eut le souffle coupé lorsque sa petite-amie redessina le contour du tatouage sur sa cuisse du bout de la langue.

– C’est ma première fois. Enfin … je veux dire … j’ai déjà fait … l’amour. En même temps vu mon état …. Mais ce que je veux dire … c’est que j’ai jamais …

Agenouillée entre les cuisses ouvertes impudiquement de sa compagne, Louise bafouillait tout en observant, à la fois émue et nerveuse, le corps qui s’offrait à elle.

– … avec une femme …

– Je sais.

– C’est ma première fois avec une femme.

– Je sais. Répondit Audrey avec un sourire.

Les minutes qui suivirent ne furent que plaisirs. Audrey se laissa simplement portée par les sensations qui se propageaient dans tout son être. Puis, comblée sans même un orgasme, elle décida de donner à son tour du plaisir. Guidée par les gémissements de Louise, la jeune femme caressa de ses doigts, de ses lèvres et de sa langue l’intimité de son amante. Et alors que sa belle blonde crispait ses doigts sur les draps, Audrey songea qu’elles n’allaient pas beaucoup dormir cette nuit et que le réveil serait difficile le lendemain.

10 juillet, fin d’après-midi, chez Audrey

– C’est qu’un crétin. Grommela Audrey.

La jeune femme était installée sur le canapé, un bras passé autour des épaules de Louise. Celle-ci, blottie contre sa petite-amie, hocha la tête. Elle venait de raconter la discussion qu’elle avait eu avec Loïc au sujet du bébé à venir. C’était Audrey qui avait insisté pour qu’il soit mis au courant, puisqu’il était le géniteur.

Loïc avait été très clair. Il ne voulait rien savoir de ce bébé et surtout, il était hors de question qu’il paie pour quoi que ce soit.

– C’est mieux comme ça. Je voulais pas l’avoir dans ma vie à nouveau.

Audrey sourit et déposa un baiser sur la tête de sa compagne. Elle aussi préférait de loin ne plus avoir à faire à ce naze. Elle voulait qu’il soit mis au courant par simple correction, mais le fait qu’il se défile l’arrangeait.

– Tu as raison. Et puis toi et le bébé n’avaient pas besoin de lui puisque je suis là moi.

Sur ses paroles, elle prit la main de Louise et la porta à ses lèvres.

– Oui et d’ailleurs à ce sujet … commença la jolie blonde avant de s’arrêter subitement.

– Oui ?

– Non, laisses tomber.

Audrey fronça les sourcils.

– Dis-moi !

Louise grimaça, prit une inspiration avant de finalement secouer la tête.

– Non rien. C’est une bêtise.

Audrey connaissait suffisamment sa petite-amie pour deviner qu’il s’agissait d’une chose importante qu’elle n’osait pas dire. Se décalant légèrement, elle prit le menton de Louise entre ses doigts et fit tourner son visage de façon à ce que leurs regards se croisent.

– Louise, qu’est ce que tu allais me dire ?

La jeune femme hésita encore quelques secondes avant de répondre.

– Bon, d’accord. Alors c’est qu’une proposition, et tu n’es pas forcée d’accepter. Je le prendrais pas mal si tu refuses. D’accord ?

– D’accord.

– En fait, comme Loïc ne veut pas être dans la vie du bébé, je me disais que … tu pourrais prendre la place. Je veux dire … que tu sois pas seulement celle qui sort avec sa mère, mais … en fait, que ce soit notre enfant à toutes les deux … enfin, si tu veux.

Audrey mit un moment avant de comprendre que ce que sa compagne lui proposait, c’était de ne pas être que la belle-mère de cet enfant mais de devenir réellement son parent, à égalité avec Louise.

– En gros, tu me proposes d’être maman ?

– Oui. Si tu veux.

Audrey poussa un soupir et songea que c’était pas loin d’une demande en mariage. Sauf que c’était encore plus sérieux parce qu’on ne peut pas divorcer de son enfant. Ce n’était pas une décision à prendre à la légère.

Cela ne faisait même pas trois mois qu’elles sortaient ensemble. Elles vivaient ensemble depuis le début. Il avait fallu se faire à l’idée qu’un bébé allait pointer son nez bientôt. C’était un grand bouleversement dans la vie d’Audrey. Mais la proposition de Louise était d’un tout autre niveau.

Louise justement attendait une réponse, inquiète.

– Je ne m’attendais pas à ça. C’est … waouh ! Une sacrée proposition ça !

La jolie blonde hocha la tête, attendant la suite.

– Tu veux bien me laisser un peu de temps pour y réfléchir ?

– Oui. Oui, bien sûr.

Audrey sourit, puis embrassa Louise tendrement.

4 avril, nuit, chez Audrey.

Des pleurs retentirent dans la chambre. Dans le lit, deux formes remuèrent.

– Chérie ! Ton fils pleure ! Grommela Audrey en ramenant la couette sur sa tête.

– « Mon » fils ?

– Oui. Quand il pleure en plein milieu de la nuit, c’est le tiens !

– Ah bon … c’est nouveau ça. Mais c’est quand même « ton » tour.

– Non, je crois pas.

– Si. Je me suis levée tout à l’heure, c’est à toi.

Audrey grogna, puis chercha à tâtons la lampe de chevet. La lumière agressa ses yeux à peine ouverts. La jeune femme se déplaça jusqu’au lit de bébé, situé dans la même chambre.

– Bon alors, pourquoi tu pleures toi ?

Délicatement, elle prit le nourrisson qui criait dans ses bras. Celui-ci fixa ses yeux remplis de larmes dans les siens. Exactement les mêmes yeux que Louise.

– Shh ! Maman est là. Murmura la jeune femme en berçant l’enfant.

– Ah ! C’est ton fils aussi maintenant? Marmonna une voix ensommeillée venant du lit.

Audrey sourit, amusée.

Sa vie avait tellement changé en si peu de temps. Un an auparavant, Louise n’était que sa meilleure amie. Désormais, elles étaient mamans d’un adorable petit garçon. Audrey n’avait pas mis longtemps à accepter la proposition de sa compagne. D’ailleurs, elle lui avait répondu par une autre proposition : puisqu’elles allaient avoir un enfant ensemble, autant officialiser leur couple aux yeux de la loi. Elles s’étaient donc pacsées, fin août. Le mariage serait pour plus tard, quand elles auraient les moyens de payer une belle fête.

La priorité du moment était de se trouver un nouvel appartement car le deux-pièces dans lequel Audrey avait emménagé il y avait quelques années était désormais bien trop petit. Mais la recherche n’était pas évidente. Elle travaillait, Louise poursuivait ses études et le bébé les épuisait totalement.

Le regard de la jeune mère se reporta sur son fils qui s’était rendormi. Il n’était arrivé dans sa vie que quelques mois plus tôt, et déjà, il était le centre de son univers. Audrey remit le garçon dans son lit et regagna le sien.

– Tu en as mis du temps. Reprocha Louise tout en venant se coller contre elle.

Audrey sourit et serra sa jolie blonde contre elle. Elle aussi était le centre de son univers. Et dire que leur histoire avait commencé peu après que Louise ait débarqué chez elle en mode folle furieuse, l’insultant et lui disant qu’elle ne voulait plus jamais la revoir. Pas commun comme début de relation.

C’était ce jour là qu’Audrey avait rencontré la mère de Louise. Elle l’avait revu une fois ensuite, lorsque sa compagne avait décidé d’affronter ses parents. Ce fut très houleux et douloureux, mais cela avait permis à Louise d’avancer et de se reconstruire. Elle n’avait plus revu sa famille depuis. En revanche, elles voyaient régulièrement la famille d’Audrey qui avait adopté Louise dès la première rencontre. L’étudiante en avait été surprise, pas Audrey. Après tout, elle-même avait craqué pour cette jolie blonde dès leur première rencontre.

Fin.

Les larmes aux yeux – Chapitre 3

24 avril, fin d’après-midi, hôpital.

 

Audrey marchait aussi vite qu’elle le pouvait dans les couloirs de l’hôpital. La veille, elle n’avait pas rendu visite à Louise. Elle avait essayé mais coincée dans un énorme embouteillage, elle n’avait pas pu arriver avant la fin des visites.

Quarante-huit heures sans voir Louise, c’était long. La jolie étudiante lui manquait. Pas seulement parce qu’elle ne l’avait pas vu la veille. Non, Louise lui manquait depuis presque une semaine. Et elle avait hâte de tirer un trait sur tout cela et que les choses reviennent à la normale.

La jeune femme sourit en pensant que si deux jours plus tôt elle n’était pas prête à pardonner à son amie, désormais tout était pardonné. Même si le souvenir des mots était toujours douloureux, même s’il y avait encore des choses qu’elle ne comprenait pas, cela n’avait plus d’importance. Louise lui était trop précieuse ! Et c’était tout ce qui comptait.

En entrant dans la chambre, Audrey fut ravie de constater que la patiente était assise dans son lit, preuve qu’elle allait mieux.

– Tu es là.

Décidément, cette phrase était en passe de devenir un rituel, pensa la jeune femme avec amusement. Cependant, l’étonnement et l’inquiétude qu’elle lisait dans les yeux verts braqués sur elle lui ôtèrent toute envie de faire de l’humour.

– Oui, je suis là. Hier j’étais coincée dans les bouchons, c’est pour ça que je suis pas venue. Répondit-elle en prenant place sur la chaise.

– J’ai cru …

– Je suis désolée de t’avoir inquiété. Mais j’ai dit que je ne t’abandonnerai pas, non ?

Louise hocha la tête, mais dit d’une toute petite voix :

– Tu avais l’air si … en colère.

– Oui, mais pas contre toi. C’est à ta mère que j’en veux.

– C’est pourtant moi qui … t’ai dit des méchancetés. Je … je regrette.

Audrey prit la main de Louise et sourit.

– Je sais. Et je te pardonne. Je t’ai déjà pardonné en fait. Alors arrêtes de t’excuser maintenant.

Le regard qui se posa sur elle exprimait la surprise.

– Pourquoi tu es si … compréhensive ?

– Parce que tu es mon amie, Louise.

Audrey ne s’attendait certainement pas à ce que cette phrase provoque une grimace. Étonnée, elle observa la jolie blonde chercher ses mots.

– Seulement ton amie ?

La jeune femme ne sut que répondre. Mais Louise n’avait pas fini de parler.

– Parce que … pour moi … tu es plus que ça.

Audrey eut l’impression que son cœur avait raté un battement. Ou alors il s’était mis à battre plus vite. En tout cas il se passait quelque chose d’anormal dans sa cage thoracique.

– Je ne le savais pas. Mais ma mère … elle l’a vu tout de suite. Et …

Louise prit une profonde inspiration pour chasser un sanglot tandis que son amie sentit une bouffée de colère monter à l’évocation de cette femme qu’elle n’avait aperçu qu’une fois mais qu’elle détestait désormais.

– C’était déjà arrivé. Quand j’avais quinze ans. Je … Mes parents l’ont découvert et … ils étaient tellement … dégoûtés. Ils ont refusé de … de me parler. Ils ont fait … comme si j’existais pas … pendant des années.

Les yeux verts n’avaient pas réussi à contenir les larmes. Audrey les observait couler, horrifiée par l’histoire qu’elle entendait, sans être tout à fait sûre de comprendre.

– J’ai mis des années … à regagner leur affection. Des années de solitude, de … tristesse. J’ai fait tout … tout pour leur plaire. J’ai travaillé dur … je suis allée contre moi-même. Et j’avais réussi. Ils m’aimaient à nouveau. Tu comprends ?

Non, elle ne comprenait pas. Des parents qui arrêtent d’aimer leur enfant, c’était incompréhensible pour Audrey. Et même si elle avait atrocement mal pour Louise, elle ne pouvait même pas imaginer la douleur qu’elle devait ressentir.

– Je les ai perdu. Je veux pas te perdre toi. Mais …

– Tu ne vas pas me perdre ! Je te le promets. Assura Audrey avec conviction.

– Tu ne sais pas. Parce que maintenant … c’est plus comme avant. Murmura Louise avec désespoir.

– Qu’est ce qui n’est plus comme avant ?

– Je sais. Maintenant je sais. Et je ne peux pas faire semblant. Je dois te le dire même si … même si ça signifie que je te perde.

Audrey se sentit à nouveau perdue, et un peu inquiète. Elle ne comprenait pas où voulait en venir son amie. Celle-ci tentait en vain d’arrêter le flot de ses larmes en prenant de grandes inspirations.

– Je sortais avec des garçons. Mes parents étaient contents. Et je faisais … attention. Dès que je ressentais … un tout petit truc … pour une … femme … je fuyais. Mais toi … je t’ai pas vu arriver. Tu étais … mon amie. Juste mon amie. Je n’avais pas réalisé que … c’était plus. Ma mère l’a su tout de suite. Ce dégoût qu’elle avait … cette haine … comme avant. Je voulais pas que ça recommence ! J’ai nié … J’ai essayé de … j’ai cru que je pourrais arranger les choses … avec mes parents. Je voulais juste … pas les perdre. Alors je suis venue chez toi et … Et j’ai regretté tout de suite. J’ai compris trop tard que … c’était toi la plus importante. Pas eux ! Parce que … ma mère avait raison. Je … Audrey, je suis … amoureuse de toi.

Ce fut comme une impression de chute libre pour Audrey, qui, les yeux fermés, tentait de rester accrochée à la réalité, à la main qu’elle tenait, à la chaise sur laquelle elle était assise. Son cœur s’était déplacé jusque dans ses oreilles, faisant un vacarme infernal, et l’air s’était raréfié autour d’elle. C’était trop ! Le récit de Louise, sur ce que ses monstres de parents lui avaient fait subir, avait été une torture. C’était comme de l’acide versé dans tout son organisme. Audrey aurait voulu remonter le temps pour enlever la jolie blonde à toute cette souffrance. Et elle aurait donné n’importe quoi, un bras, une jambe, sa vie, pour que les beaux yeux verts cessent d’émettre autant de larmes. Et voilà que maintenant Louise était amoureuse d’elle. Amoureuse ! Comment c’était possible ? Elle n’avait jamais imaginé que la jolie étudiante puisse aimer les femmes. Que Louise ait refoulé sa vraie nature à ce point, pour faire plaisir à ses parents, c’était révulsant. Tout à coup, c’était comme si elle ne la connaissait plus.

– Dis quelque chose s’il-te-plaît.

Le murmure sortit Audrey de ses pensées et elle ouvrit les yeux. Louise attendait en la fixant avec un air tellement angoissé. Ses larmes s’étaient taries mais deux billes brillantes attendaient dans le coin des yeux verts. Et Audrey eut la certitude que peu importe ce qu’elle dirait, cela déclencherait à nouveau les larmes. Alors, elle se leva.

L’angoisse se mua en désespoir. Mais aussitôt, Audrey prit place sur le lit, s’asseyant face à la patiente. D’une main, elle repoussa une mèche blonde tout en approchant son visage. Elle remarqua que la respiration de Louise s’était accélérée avant que leurs lèvres ne se touchent.

Le baiser fut extrêmement doux. Mais à l’intérieur, Audrey avait l’impression que c’était un feu d’artifice. Tout s’affolait dans tous les sens. Et lorsqu’elle mit fin au baiser, elle vit que Louise pleurait, tout en souriant.

– Pour moi aussi, c’était plus que de l’amitié.

1er mai, matinée, chez Audrey

Étendue sur le côté, appuyée sur un coude, Audrey observait la belle blonde endormie dans son lit. Il n’y avait plus de pansements, seulement une petite cicatrice sur le front, au dessus du sourcil gauche.

Louise avait eu l’autorisation de sortir de l’hôpital la veille. Il lui fallait encore du repos, mais son corps était pratiquement guéri. Cependant, psychologiquement, elle n’allait pas très bien. Même si son visage s’illuminait chaque fois qu’elle posait les yeux sur Audrey, les larmes lui venaient aux yeux chaque fois qu’elle pensait à ses parents. Et lorsqu’elle était entrée dans son appartement, elle s’était effondrée. Tout lui rappelait ses parents ! Audrey, qui l’avait ramené de l’hôpital, s’était alors emparée de quelques vêtements qu’elle avait mis dans un sac et l’avait conduite chez elle.

La belle étudiante remua et Audrey sourit. Elle était vraiment heureuse d’avoir Louise là, chez elle et dans son lit. C’était une situation qu’elle n’avait jamais espéré. Dès leur première rencontre, elle avait craqué pour cette jeune femme pétillante, drôle et qui avait une bonne humeur si contagieuse. Mais Louise était en couple, et tout ce qu’il y avait de plus hétéro. Du moins, c’était ce qu’il semblait et Audrey n’avait jamais essayé d’être plus qu’une amie. Elle avait dit être bisexuelle une fois, dans une conversation qu’elles avaient eu sur leurs vies amoureuses, et Louise n’avait eu aucune réaction.

Audrey se demandait encore comment cette jeune femme si joyeuse qu’elle connaissait depuis un an avait pu refouler à ce point sa vraie nature et cacher une adolescence si douloureuse. Dans toutes leurs conversations, et elles avaient été nombreuses, jamais Louise n’avait évoqué un passé compliqué. Aucun indice ! Cependant, à l’hôpital ces derniers jours, elle avait eu beaucoup de choses à dire. Il fallait que cela sorte, Audrey l’avait compris, et elle avait été effarée et attristée face à un récit rempli de douleurs et de peines. Elle en voulait aux parents de Louise. Elle était pleine de colère pour ces monstres qui ne s’étaient pas comporté comme de vrais parents. Elle avait aussi appris que les mots que Louise lui avait jeté à la figure, ces mots si cruels, étaient quasiment mot pour mot ceux qu’avaient employé la mère de l’étudiante le jour où elle lui avait rendu visite. Cela n’étonnait pas Audrey. Elle le savait, elle l’avait deviné. Ces mots, ce n’était pas Louise, cela ne pouvait pas venir d’elle.

Dans le lit, la jolie blonde bougea à nouveau et deux yeux verts apparurent. Ceux-ci se posèrent sur le visage en face d’elle, et un grand sourire s’installa sur les lèvres.

– Bonjour.

– Bonjour. Répondit Audrey avec tendresse. Bien dormi ?

– Oui. Hum … ça fait longtemps que tu m’observes comme ça ? Demanda Louise en plissant les yeux.

– Un petit moment. Tu es vraiment magnifique quand tu dors.

La jeune femme rougit avant de froncer les sourcils.

– Seulement quand je dors ?

Audrey fit mine de réfléchir avant de répondre d’un ton taquin :

– Non. Tout le temps. Mais quand tu dors tu as un charme supplémentaire.

Et sans laisser à sa petite-amie le temps de répondre, elle se pencha vers elle pour poser sur ses lèvres un doux baiser. Sa petite-amie ! Oui, c’était ce qu’était devenue Louise depuis leur premier baiser une semaine plus tôt. Une semaine remplie de petits baisers et de longues étreintes ! Cela aurait été le bonheur parfait si l’ombre des parents maléfiques ne hantait pas l’étudiante. Et Audrey s’était juré de combattre les larmes provoquées par ces horribles personnes et de les remplacer par les magnifiques sourires qu’elle affectionnait tant.

Un long soupir la tira de ses pensées. Louise était blottie contre elle, la tête calée sous son menton et une main jouant avec le bas de son tee-shirt.

– Qu’est ce qu’il y a ?

– Je suis vraiment bien là.

Audrey fronça les sourcils. Le ton employé ne collait pas avec la phrase.

– Moi aussi je suis vraiment bien là. Alors pourquoi tu as l’air triste ?

Louise soupira à nouveau mais ne répondit pas.

– Louise ?

– Je n’ai pas envie d’en parler. Pas aujourd’hui s’il-te-plaît. Aujourd’hui, je veux juste profiter d’être avec toi toute la journée.

Audrey hésita, se demandant quelle noire pensée était venue perturber sa douce. Mais après tout, quel que soit le démon de Louise, il serait toujours temps de le chasser le lendemain. Sa petite-amie voulait une journée rien que pour elles deux, elle accéderait à sa demande. Ce jour, elles passeraient une bonne journée, et elle ferait en sorte que les soucis restent le plus éloigné possible.

– D’accord. Petit déjeuner ?

Louise acquiesça et son ventre approuva bruyamment, provoquant des rires.

– Hmm, j’allais te proposer des pancakes, mais je crois que tu as trop faim pour attendre qu’ils soient préparés. Il faudra se contenter de pain de mie alors. Déclara Audrey d’un ton taquin, connaissant bien la passion de sa belle blonde pour les pancakes.

Celle-ci réagit aussitôt en se redressant et en fixant son regard faussement outré dans les yeux bruns malicieux.

– Ah non ! Maintenant que tu as parlé de pancakes, je veux des pancakes !

– Tu es sûre ? Parce que …

Un doigt se posa sur la bouche d’Audrey.

– Sûre à cent pour cent ! Je veux des pancakes !

3 mai, fin d’après-midi, chez Audrey

 

– Bon, je t’écoute. Dit simplement Audrey en venant s’installer sur le canapé à côté de sa petite-amie.

Louise n’avait pas eu besoin de dire quoi que ce soit. Son attitude parlait d’elle-même. Cela faisait une demi-heure qu’elle était assise à se tordre les mains le regard absent.

– J’ai passé la journée à chercher comment te le dire. Murmura l’étudiante stressée.

– C’est si grave que ça ?

Louise fit la moue et haussa les épaules avant de répondre.

– C’est … une chose importante.

L’inquiétude gagnait Audrey tandis que son cerveau se retournait à essayer de deviner cette chose importante.

– Est-ce que ça a un rapport avec tes parents ?

– Non.

Si ce n’était pas les horribles géniteurs, Audrey n’avait aucune idée sur ce dont il s’agissait. Et Louise restait silencieuse à observer ses genoux.

– Tu me stresses là ! Dis-moi ce qu’il y a s’il-te-plaît.

Une longue inspiration, un soupir, puis :

– Je suis enceinte.

Les yeux bruns s’agrandirent de stupeur. Louise. Enceinte ?

– Quoi ? Ne put s’empêcher de demander Audrey.

– Je suis enceinte. Répéta sa petite-amie.

Il n’y avait pas de doute, elle avait bien entendu. Son regard se posa sur le ventre plat et elle songea qu’il y avait de la vie là-dedans.

– Depuis quand ?

– Huit semaines.

Deux mois donc. Juste avant que Louise ne quitte Loïc. Audrey eut une grimace en pensant à ce crétin qu’elle n’avait jamais aimé. Elle avait espéré ne plus jamais entendre parler de lui.

– Il le sait ?

Alors que Louise secouait la tête, l’air toujours aussi stressé, une autre question vint à la jeune femme qui fronça les sourcils.

– Attends, depuis quand tu le sais ?

– Depuis que je me suis réveillée à l’hôpital. Grimaça l’étudiante en évitant le regard d’Audrey.

– Deux semaines ! Et tu me le dis que maintenant ?

La jeune femme comprit que c’était cela qui rendait Louise si inquiète. Elle lui avait caché une chose importante et elle craignait sa réaction en l’apprenant.

– Bon sang ! Pourquoi tu as attendu tout ce temps ?

Audrey ne pouvait s’empêcher de ressentir de la colère. Louise lui avait caché des choses, encore !

– Je suis désolée. J’aurais du te le dire avant, je sais, mais …

– Mais quoi ?

– Mais ça a été difficile pour moi d’apprendre ça. Et avec tout ce qui venait de se passer, je voulais pas penser à ça en plus.

C’était quelque chose que la jeune femme pouvait comprendre. Le souvenir de Louise en larmes qui lui racontait comment ses parents l’avaient rejeté fit retomber sa colère instantanément.

– Et puis, nous commençons tout juste quelque chose toi et moi, et j’avais vraiment pas envie de gâcher ça. Dit Louise d’une petite voix où perçait une vive inquiétude.

Audrey fronça les sourcils et prit les mains de la jolie blonde entre les siennes.

– Ça ne change rien entre nous, et ça n’aurait rien changé non plus si tu me l’avais dit plus tôt. C’est juste quelque chose qu’il faut qu’on gère ensemble.

– J’ai pas encore pris de décision.

Décision ? Audrey mit quelques secondes avant de comprendre.

– Ah. D’accord.

– Tu veux que je fasse quoi ?

Cette fois, les sourcils de la jeune femme grimpèrent haut sur son front, l’un d’eux disparaissant presque sous quelques cheveux violets.

– Ah non ! Tu prends la question à l’envers là ! C’est Toi, qu’est ce que tu veux faire ?

Louise grimaça. Et sa petite-amie se dit que quelque chose lui échappait.

– Je veux juste passer le reste de ma vie avec toi.

Audrey fut décontenancée par cette réponse. Et puis un léger sourire apparut sur ses lèvres en même temps qu’elle comprenait.

– Louise, je te promets que je n’irais nulle part, quoi que tu décides. Si tu ne veux pas de ce bébé, je te soutiendrais et je ne te jugerais pas. Et si tu le veux, alors je préparerais sa venue comme il se doit et nous serons deux à nous occuper de lui. Dans les deux cas, j’ai bien l’intention de rester avec toi.

Audrey sut qu’elle avait vu juste alors que le corps de Louise se détendait et qu’un sourire apparaissait sur ses lèvres. Rassurer sa jolie blonde était une habitude qu’elle commençait à prendre depuis quelques jours. Elle se demanda si c’était provisoire, un contre-coup du rejet récent de ses parents, ou si ce sentiment d’insécurité accompagnerait Louise pour toujours.

Les larmes aux yeux – Chapitre 2

21 avril, fin d’après-midi, hôpital

Audrey entra dans la chambre 285 avec appréhension. Elle ne savait plus à quoi s’attendre de la part de Louise. Sa visite de la veille l’avait rempli d’encore plus d’incertitudes. Pendant une grande partie de la nuit, elle avait passé et repassé en boucle dans sa tête ce qu’il s’était passé depuis trois jours. Et la seule chose dont elle était sûre, c’était qu’elle était complètement déboussolée. Peut-être qu’aujourd’hui, elle verrait un peu plus clair.

Louise était réveillée. Ses yeux verts se posèrent sur Audrey et celle-ci crut y voir de l’étonnement. N’y tenant pas compte, elle avança la chaise près du lit avant de s’asseoir.

– Salut. Comment tu te sens ?

– Mal. Répondit faiblement l’étudiante.

– Je crois que c’est normal vu ton état.

Le regard d’Audrey fut attiré par la main sur le lit qui bougeait doucement de façon à avoir la paume vers le haut. Prenant ce geste comme une invitation, la jeune femme posa sa main dessus.

– Pourquoi … tu es … là ?

Audrey se figea en entendant encore cette question. Mais dans le même temps, elle sentit la main qu’elle tenait faire des efforts pour serrer la sienne.

– J’ai … été … horrible … avec toi.

La jeune femme comprit enfin le sens de cette question. Ce qu’elle avait pris pour un reproche la veille n’en était finalement pas un. Un soupir de soulagement s’échappa de ses lèvres et sa main exerça une légère pression sur celle qu’elle tenait.

– Pourquoi ? Demanda encore Louise, sur un ton presque suppliant.

– Parce que je tiens à toi. Répondit simplement Audrey en souriant.

Des larmes apparurent au coin des yeux verts.

– J’ai été … tellement … horrible.

Audrey baissa la tête, sa mèche violette tombant devant ses yeux. Il n’y avait rien à répondre à cela. Nier serait mentir, approuver ne servirait qu’à culpabiliser.

– Je suis … désolée.

Audrey hocha la tête.

– Pardon … pour … tout.

Il y avait des sanglots dans la voix de Louise. Relevant la tête, Audrey vit le visage de son amie baigné de larmes.

– Shh ! Calme-toi Louise !

– Je … suis … dé…so…lée.

– Ne penses pas à ça. Arrêtes de pleurer s’il-te-plaît.

Du pouce, la jeune femme caressait le dos de la main de Louise en signe d’apaisement. Celle-ci finit par se calmer, au grand soulagement de son amie.

– Mes parents …

Audrey grimaça.

– Ils ne sont pas là. Désolée.

Bien sûr, ils avaient tout de suite été prévenus de l’accident. Mais ils avaient refusé de se déplacer, alors qu’ils n’habitaient qu’à une heure de route. Encore une chose qu’Audrey ne comprenait pas ! Comment des parents pouvaient-ils ne pas vouloir se rendre au chevet de leur enfant blessé ?

– Ils m’ont … renié.

– Quoi ?

– Ils vont … me dé…shé…riter.

Louise se mit à rire. Un rire sans joie qui se transforma en gémissement de douleur. Des nouvelles larmes apparurent tandis que son visage se crispait. Une infirmière arriva et administra aussitôt quelque chose à la patiente qui ne tarda pas à se détendre et à fermer les yeux sous le regard inquiet de son amie.

Audrey s’en alla, les paroles de Louise au sujet de ses parents lui trottant dans la tête. Que devait-elle en penser ? Elle savait que son amie avait vu sa mère trois jours plus tôt. Le jour où elle était devenue hystérique. Louise s’était-elle disputé avec sa mère ? Il y avait-il un lien avec son comportement dément ? Encore des interrogations qui allaient l’empêcher de dormir !

18 avril, matinée, chez Louise

– Hé, tires tes pieds de ma place !

Audrey, allongée sur le canapé, replia ses jambes pour laisser son amie s’asseoir. Puis elle installa ses pieds sur les genoux de Louise, souriant de l’air faussement outrée de celle-ci.

– Un massage des pieds, là tout de suite, ce serait génial !

– Ben voyons ! Tu t’es crue au spa ?

– Non. Le spa aurait été plus confortable. Dit Audrey sur un ton taquin.

– Moi je l’aime mon canapé ! Rétorqua Louise en tirant la langue.

La veille, elles avaient fait une soirée dvd chez l’étudiante, et Audrey était restée dormir, comme cela arrivait parfois. Le canapé était plutôt inconfortable, et la jeune femme aimait bien embêter Louise à ce sujet. D’autant plus que les meubles tout comme l’appartement étant payés par les parents fortunés, elle aurait pu choisir bien mieux.

– C’est nul ce que tu regardes !

– Y’a rien de toute manière.

Audrey tendit la télécommande à son amie pour qu’elle vérifie par elle-même.

– Ouais, pas terrible le programme du matin. Ah ! Y’a l’émission sur les tatouages !

– Bof.

– Tu devrais aimer ça toi pourtant. T’as plein de tatouages ! Déclara Louise tout en passant un doigt sur celui qui se trouvait à la cheville droite.

Audrey roula des yeux.

– J’en ai trois. C’est pas plein !

La jeune femme blonde haussa les épaules et se mit à suivre le contour de la petite fée avec son index.

– J’aimerais bien en avoir un.

Audrey ne put s’empêcher de rire à cette idée.

– Ben quoi ?

– Toi ? Un tatouage ?

– Ben oui. Je vois pas ce qu’il y a de drôle !

– T’es bien trop douillette pour ça ! Ricana la jeune femme avant de sursauter brusquement. Aïe !! Tu m’a pincé !?

– Ça t’apprendra à te moquer !

Louise affichait une moue boudeuse.

– Tu es adorable avec cette bouille.

L’étudiante lança un regard noir à son amie très amusée, puis soupira et finalement sourit.

– C’est impossible de te faire la tête à toi !

– Tant mieux ! J’ai aucune envie que tu me fasses la tête.

Louise allait répondre quelque chose lorsque la sonnette retentit.

– Tiens, je me demande qui ça peut être.

La jeune femme alla ouvrir.

– Maman ? Qu’est ce que tu fais là ?

Audrey se releva et passa une main dans le côté libre de ses cheveux pour se recoiffer. Elle n’avait jamais rencontré les parents de son amie, mais celle-ci lui en avait pas mal parlé. Ils étaient issus de la haute société, d’un milieu où les apparences avaient beaucoup d’importance. Louise les avait décrits comme des personnes assez froides et rigides, avec un goût prononcé pour l’ordre.

– Maman, je te présente mon amie Audrey.

La mère de Louise était grande et mince. Ses cheveux blonds étaient retenus dans un chignon serré et elle portait un tailleur blanc chic. Son regard perçant s’attarda sur les cheveux tressés de façon désapprobatrice, ou peut-être était-ce sur les piercings de l’oreille. Pas de quoi impressionner Audrey qui décida néanmoins de prendre congé pour laisser mère et fille en tête à tête.

22 avril, fin d’après-midi, hôpital.

Deux yeux verts se braquèrent sur Audrey sitôt qu’elle fut rentrée dans la chambre.

– Tu es là.

Encore cette phrase !

– Oui, je suis là. Salut ! Répondit la jeune femme en s’installant.

– T’étais pas là … tout à l’heure.

Audrey haussa les sourcils, surprise de cette réflexion et de la tristesse émanant de Louise.

– Ben oui, je travaillais. Tu sais, le monde ne s’est pas arrêté de tourner parce que tu es clouée dans ce lit. Répondit-elle, taquine.

La jeune femme avait espéré provoquer un sourire, mais au lieu de ça, elle vit, dépitée, les lèvres de Louise se pincer et des larmes se mettre à couler le long de ses joues.

– Hé ! Qu’est ce qu’il y a ? Pourquoi tu pleures ?

Secouée par de gros sanglots et incapable de répondre, l’étudiante tourna la tête du côté opposé à son amie. Celle-ci, désemparée, lui prit la main. Elle ignorait pourquoi la jolie blonde pleurait, elle ignorait quoi faire pour que ça s’arrête, et elle détestait ça. Louise finit par se calmer.

– Ne m’abandonnes pas.

– Je n’en ai pas l’intention. Pourquoi toutes ces larmes Louise ?

– Tu as dit … le monde tourne…. tu as une vie. T’es pas … obligée de venir … surtout après … après ce que je t’ai dit. Mais … j’ai besoin de toi. J’ai … besoin de toi Audrey !

Le ton de l’étudiante était suppliant, et ses yeux humides menaçaient de pleurer à nouveau. Audrey lui serra la main et fit un sourire qu’elle voulut rassurant.

– Je suis là. Et je ne te laisserai pas tomber, d’accord ?

Louise hocha doucement la tête.

– Je suis désolée. Vraiment désolée … pour tout.

Ce fut au tour d’Audrey de hocher la tête. Elle savait que son amie s’en voulait. Elle lisait toute la culpabilité dans ses yeux. Et elle aurait aimé lui dire que tout était oublié et qu’elle lui pardonnait. Mais elle en était incapable pour le moment.

– J’ai besoin de comprendre. Qu’est ce qu’il s’est passé l’autre jour Louise ?

– Ma mère.

Audrey fronça les sourcils. Depuis que son amie avait évoqué ses parents la veille, elle soupçonnait que la mère n’était pas totalement étrangère au comportement de Louise.

– Hier, tu as dit que tes parents te reniaient et allaient te déshériter. C’était pour ça qu’elle était venue te voir ?

– Non. Mais … elle est devenue furieuse à cause …

Louise s’interrompit, fermant les yeux et secouant légèrement la tête, comme pour chasser le mauvais souvenir.

– A cause de quoi ?

– Toi.

Audrey eut l’impression de recevoir un seau d’eau glacé et recula par réflexe. Aussitôt, elle sentit la main de Louise la retenir de toutes ses maigres forces, comme si elle craignait que son amie s’en aille sur le champ. Audrey aurait pu dégager facilement sa main mais n’en fit rien.

– Moi ? Qu’est ce que j’ai fait ?

Quelques jours plus tôt, Louise l’avait accusé d’avoir causé sa rupture avec son ex. Voilà que maintenant elle l’accusait d’avoir rendu sa mère furieuse !

– Rien. T’as rien fait. Mais c’est … quand elle t’a vu…

– Elle m’a aperçu deux minutes seulement !

Audrey s’emportait. Les derniers jours avaient été épuisants. Elle avait peu dormi et elle ne cessait de retourner les mêmes questions dans sa tête. Alors découvrir qu’une personne qu’elle avait seulement croisé, et qui visiblement n’avait pas eu besoin de plus temps pour la juger, ait pu jouer un rôle dans l’attaque verbale qu’elle avait subi, cela la mettait hors d’elle.

– Je sais. J’ai essayé de …

– Alors c’est quoi qui lui a déplu chez moi au point de l’énerver ?

– Tu existes. Murmura Louise, luttant contre les larmes.

Audrey en resta stupéfaite.

– Tu existes dans ma vie. Et … elle ne supporte pas …

Cela n’avait aucun sens. Absolument aucun sens !

– Alors elle s’est mise à … dire plein de trucs … Me traiter … de … de … Et que j’étais plus sa fille … Avec tellement de … haine. Et elle est … partie. Et moi … j’étais anéantie … Et … et … je suis désolée … Pardon ! Par… don !

Un torrent de larmes se déversait sur le visage de Louise qui fut incapable de continuer à parler. Audrey la regardait, trop choquée pour esquisser le moindre mouvement. Une infirmière arriva et la jeune femme dut partir, non sans recevoir un sermon pour l’état dans lequel elle mettait la patiente à chaque visite. Audrey se demanda si l’infirmière pouvait seulement imaginer dans quel état elle-même se trouvait.

Perturbée ! Elle était perturbée, et complètement paumée. La mère de Louise l’avait vu un matin et avait renié sa fille à cause de cela. Et Louise avait ensuite voulu chasser son amie de sa vie. C’était ridicule ! Comment peut-on en vouloir à son enfant à ce point pour l’apparence de ses amis ? Elle aurait peut-être compris si elle avait été ivre, défoncée, en train de voler. Mais non, elle était juste elle-même.

Un autre élément revint soudain à Audrey. Lorsque Louise était venue chez elle, elle n’arrêtait pas de parler de Loïc, son ex. Qu’est ce que lui venait faire dans cette histoire ?

Les larmes aux yeux – Chapitre 1

20 avril, fin d’après-midi, hôpital.

Deux jeunes femmes se trouvaient dans la chambre 285. L’une d’elle se trouvait dans le lit, endormie, reliée à une machine qui faisait un bip régulier et à une poche de perfusion. Le gros pansement sur son front, au dessus du sourcil gauche, et les vilaines ecchymoses violettes sur une joue et sur son menton gâchaient quelque peu la beauté de son visage. Et dans ces draps blancs, son teint paraissait encore plus pâle que d’habitude. Louise, la jolie étudiante blonde, avait salement morflé.

Assise sur une chaise à côté du lit, la deuxième femme se tenait voûtée, le regard dans le vide. Ses cheveux, noirs avec une mèche violette devant, tombaient du côté gauche seulement. Des tresses étaient plaquées sur son crâne à droite, dévoilant une oreille décorée de plusieurs anneaux. Elle avait généreusement entouré de noirs ses yeux bruns et appliqué un léger gloss sur ses lèvres. Juste en dessous se trouvait la petite boule violette d’un piercing, un bijou que s’était offerte Audrey pour ses vingt-cinq ans.

L’un des bras recouverts de bandages se mit à bouger sur le lit. Aussitôt, la jeune femme sur la chaise se redressa, guettant un probable réveil. L’infirmière lui avait expliqué que Louise avait eu de courts moments d’éveil depuis le matin, et Audrey avait attendu, espérant. La patiente bougea à nouveau et émit un faible son.

– Louise ?

– Lentement, les paupières s’ouvrirent, dévoilant deux yeux verts.

– Hé, salut. Murmura Audrey en rapprochant sa chaise, un sourire aux lèvres.

Leurs regards s’accrochèrent.

– Tu t’es mise dans un sale état.

– Audrey. Souffla Louise.

– Oui ?

La jeune femme blonde ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit et elle dut faire un effort pour déglutir.

– Prends ton temps ! Conseilla Audrey avec un sourire tendre.

– Pour… quoi … tu es … là ?

Le sourire retomba aussitôt. Elle aurait dû se douter que sa présence ne serait pas la bienvenue. Louise lui avait bien dit qu’elle ne voulait plus jamais la revoir la dernière fois qu’elle l’avait vu. Mais naïvement, Audrey avait cru que blessée et à l’hôpital, Louise aurait changé d’avis. Elle s’était trompée.

– Je venais voir comment tu allais. Mais ne t’en fais pas, je pars ! Fit la jeune femme, amère.

Audrey se leva et sortit de la chambre sans se retourner. Quelques pas dans le couloir, et elle s’adossa au mur, les yeux fermés, une main repliée contre sa poitrine. La douleur était aussi atroce que deux jours plus tôt.

 

18 avril, soirée, chez Audrey.

– Il faut que je me remette avec Loïc ! Tout va s’arranger si je retourne avec lui !

Louise était arrivée chez son amie dans un état proche de l’hystérie. Les larmes aux yeux, elle ne cessait de s’agiter, de tourner en rond, en tenant des propos qui semblaient incohérents. Depuis plus d’un an qu’elle la connaissait, Audrey ne l’avait jamais vu dans cet état et se demandait avec inquiétude ce qui l’avait rendue comme cela.

– Calme-toi et …

– Que je me calme ?!? Comment tu peux me demander un truc pareil ? Ma vie part en morceaux !!! Il faut que je me remette avec Loïc ! C’est la seule solution !

Louise avait l’air d’avoir perdu la raison, les yeux dans le vide. Audrey ne comprenait pas ce qu’il se passait, mais une chose était sûre, que l’étudiante se remette avec son crétin d’ex ne résoudrait rien du tout.

– Qu’est ce qu’il s’est passé ?

– Toi !!! C’est ta faute !

– Qu’est ce que j’ai fait ? Demanda Audrey en fronçant les sourcils.

– C’est à cause de toi si je ne suis plus avec Loïc !!! C’est toi qui m’a poussé à rompre !!!

– Il te trompait tout le temps ! Et tu ne l’aimais même pas !

– Je dois me remettre avec lui. Tout est de ta faute. Gémit la jeune femme blonde en se prenant la tête à deux mains.

– Louise …

– T’étais contente qu’il me trompe hein ?! Depuis le début tu étais contre nous !!! Tu voulais la place, c’est ça ??? Elle avait raison sur ton compte !

L’étudiante s’était mise à hurler, le visage déformé par la rage.

– Tu délires complètement Louise !

– Non, j’ai enfin ouvert les yeux sur toi. Déclara la jeune femme sur un ton plus bas, mais glacé, une étincelle de démence dansant dans ses yeux. J’aurais dû me méfier de toi dès que je t’ai vu. Tu as eu une mauvaise influence sur moi, mais c’est fini maintenant. Je suis pas comme toi !

– Comme moi ? Et je suis comment selon toi ? Demanda Audrey d’une voix froide, blessée et en colère par ces propos injustes.

– Tu es … tu es une traînée !

Audrey eut l’impression de recevoir une gifle. Louise à cet instant n’était que mépris et haine. Deux choses que la jeune femme n’avait jamais soupçonné chez elle. La démente continua, telle une furie.

– Toi et ta mèche violette !!! Ta façon de t’habiller !!! Tes piercings !!! Tes tatouages !!! Qui ressemble à ça ? Il n’y a que les traînées ! C’est ce que tu es et tu as voulu m’entraîner dans ta décadence !

Se faire insulter ainsi, chez elle, c’en était trop !

– Sors de chez moi !

– Oui, je m’en vais. Je ne veux plus jamais te revoir !

– C’est ça !

Louise avait claqué la porte en partant et Audrey s’était laissé glisser au sol, les larmes coulant sur ses joues. Jamais, non jamais, elle n’aurait pu imaginer une telle violence de la part de Louise. Louise qui était devenue sa meilleure amie en l’espace d’un an ! Elles étaient si proches, si complices, quasiment inséparables. Le matin encore elle riaient ensemble. Et maintenant ça ! Audrey ne comprenait pas.

Soudain, un bruit de klaxon, des pneus qui crissent ! Prise d’un horrible pressentiment, Audrey se rua en bas de son immeuble. L’accident avait eu lieu à quelques mètres seulement. Et en s’approchant, la jeune femme reconnut tout de suite la veste rouge de la piétonne qui gisait par terre.

20 avril, fin d’après-midi, hôpital.

Audrey avait passé deux jours tout à fait horribles. L’accident avait éclipsé ce qu’il s’était passé quelques minutes plus tôt. La peur de perdre Louise d’une façon définitive avait été insupportable. Puis, lorsque les médecins avaient annoncé que les jours de son amie n’étaient plus en danger, Audrey s’était remise à penser. Penser à ces mots si cruels que Louise avait dit, à son comportement de folle furieuse. Qu’est ce qu’il s’était passé ? La jeune femme s’était retourné le cerveau, encore et encore, en cherchant une explication. Mais elle ne comprenait pas.

Et puis il y avait cet accident. Les témoins avaient raconté qu’après avoir traversé la rue, Louise avait brusquement fait demi-tour et s’était engagée à nouveau sur la route sans regarder si la voie était libre. La voiture qui arrivait n’avait pas pu l’éviter. Et Audrey se demandait pourquoi son amie revenait vers son immeuble.

La jeune femme avait espéré que les paroles de Louise n’étaient que le résultat d’un coup de folie passager. Une fois revenue à son état normal, la jolie étudiante lui donnerait des explications et tout rentrerait dans l’ordre. C’est avec cet espoir qu’Audrey avait attendu qu’on lui autorise à rendre visite à son amie. Mais apparemment, elle s’était trompée. Sitôt réveillée, Louise lui avait reproché sa présence.

Audrey inspira longuement pour chasser les larmes qui risqueraient de laisser deux coulées noires sur ses joues. Si seulement elle savait pourquoi ! Pourquoi ce rejet si violent de celle qu’elle considérait comme sa meilleure amie ? Depuis le jour où elles s’étaient rencontrées dans cet atelier de cuisine, elles ne s’étaient plus quitté. Confidentes et partenaires de fous rires, elles formaient un super duo. Et Louise balayait tout ça d’un revers de main, la chassant de sa vie comme une malpropre !

Audrey savait qu’elle ne pourrait pas rester comme cela. Ce pourquoi dans sa tête allait la rendre dingue. Plus tard, quand Louise serait sortie de l’hôpital, et quand elle-même serait moins bouleversée, elle exigerait des explications. Mais pour le moment, sa présence n’étant pas désirée, elle n’avait plus rien à faire ici.

– Mademoiselle !

La jeune femme se retourna. Oui, c’était bien elle que l’infirmière avait appelé.

– La patiente vous réclame. Dit-elle en montrant la chambre de Louise.

– Vous devez vous tromper.

– Vous vous appelez bien Audrey, non ? Demanda l’infirmière en fronçant légèrement les sourcils.

La jeune femme hocha la tête.

– Alors c’est bien vous qu’elle réclame. Cela semblait très important. Mais je dois vous prévenir qu’elle vient de prendre ses médicaments et elle risque de s’endormir rapidement. Vous devriez vous dépêcher !

Perdue ! Audrey se sentait complètement perdue. Louise ne lui avait-elle pas reproché d’être là il y a quelques instants ? Alors pourquoi la réclamait-elle maintenant ? Avec prudence, craignant que l’infirmière ne se soit trompée, la jeune femme entra à nouveau dans la chambre.

Les yeux verts se posèrent sur Audrey qui sentit son cœur se serrer. Louise pleurait. C’était une vision qu’elle n’aimait pas du tout.

– Tu … es … là.

– Oui. Tu m’as réclamé il paraît.

– Tu … es … là. Répéta Louise sur le même ton monocorde.

Audrey ne sut que répondre. Si l’étudiante exprimait une quelconque émotion, ni sa voix fatiguée, ni son visage tuméfié ne le montrait. Et ses larmes ne semblaient pas vouloir se tarir, chose qui mettait Audrey mal à l’aise. Elle n’avait jamais su quoi faire face à une personne qui pleure. Et l’incompréhension totale dans laquelle elle nageait n’arrangeait rien.

– Au… drey. Murmura Louise, ses yeux se fermant.

– Oui, je suis là.

– Je … t’aime.

Audrey resta interdite face à ses mots qu’elle n’avait jamais entendu de cette bouche, qu’elle n’attendait pas, qu’elle ne savait pas comment interpréter.

– Par… don.

La confusion augmenta encore d’un cran.

– Pour quoi ?

– Par…don. Répéta Louise, ses larmes se séchant sur ses joues.

– Qu’est ce que je dois te pardonner ?

Audrey, les nerfs à vif, fixait les lèvres de son amie, attendant avec impatience une réponse.

– S’il… te… plaît… ma… man…

Louise délirait. La jeune femme venait de s’en rendre compte. C’était sans doute l’effet des médicaments. Audrey sortit donc de la chambre, des questions plein la tête. Pourquoi Louise l’avait réclamé après l’avoir chassé ? Est-ce que ce pardon lui était destiné ? Si oui, était-ce pour le je t’aime ? Ou pour les horribles paroles prononcées deux jours plus tôt ?

Incompréhension ! Tel était le sentiment qui dominait ce soir-là pour Audrey.

Cobayes – Partie 3

1998, 3 mai

Ils m’ont encore enlevé. Ils sont autour de moi. Ils me cernent. Que vont-ils faire? Je me sens comme une bête traquée.

_ Laissez-moi! Ne vous approchez pas!

Ils s’approchent pourtant. Ils forment un cercle autour de moi. Ils savent bien que je ne me laisserais pas faire. Je me débats toujours. Mais ils arrivent toujours à m’attraper. Comment pourrait-il en être autrement? Je suis dans leur repère. Je ne peux pas m’enfuir. Je ne peux rentrer sur Terre uniquement quand ils le veulent. On dirait que c’est une sorte de jeu pervers pour eux.

Que vais-je faire? Ils sont sur leurs gardes et font bloc autour de moi. Une fois j’ai réussi à en blesser un avec un de leurs instruments de torture. Maintenant ils se méfient.

Dans le langage extraterrestre horrible, un de ces monstres crie quelque chose. On lui réponds. Ils élaborent une tactique pour me prendre j’en suis sûre.

_ Aaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhh!!!!

Avec un cri de rage et de désespoir, je fonce dans le tas. Des bras m’attrapent. Je mords une main jusqu’à en avoir du sang dans la bouche. Coups de pieds, coups de poings! Je les entends hurler. Des sons gutturaux! Je ne discerne plus les cris de douleurs des paroles. De toute manière, j’aime pas leur langue. Tout comme eux. Ces affreuses créatures, que sont-elles venues faire ici? Je les déteste de toute ma force. Ils ont détruit ma vie.

Je m’épuise. Tout devient flou autour de moi. Est-ce que je pleure? Oui, c’est ça. Mais il n’y a pas que ça. Ils ont dû m’injecter un calmant. Je ne l’ai pas senti. Mais je ne sens plus rien. Je veux encore frapper. Mais…. je n’y arrive pas. Peut-être que…. que quoi….. je n’arrive plus à penser… deux yeux globuleux…. pourquoi me regarde-t-il?….. je…. non, qu’est ce que je pensais?… c’est la fin.

Quand je reviens à moi, je suis attachée sur une sorte de fauteuil. Les extraterrestres autour de moi se parlent. Ils semblent se disputer en fait. En tout cas ils ne prêtent pas attention à moi. Tant mieux. Mais je suis impuissante. Attachée telle une bête, prisonnière. Je suis à leur merci.

Soudain, un des monstres aux yeux globuleux me voit. Il vient vers moi et prononce des paroles que je ne peux comprendre.

_ Vous n’avez aucun droit de faire ce que vous faites!

Ce vicieux me sourit. Comprend-il ce que je dis. Il se fout de moi peut-être! Ça l’amuse! Énervée, je lui crache à la figure. L’autre derrière rit. C’est un rire qui me glace le sang.

1998, 7 mai

Je ne suis pas le seul. Cette fois, j’en ai la certitude. J’ai trouvé dans un coin du vaisseau un morceau de barrette à cheveux. Il y avait même un cheveu coincé dedans. Un cheveu brun!

Je ne suis pas seul. Et cela me rend on ne peut plus content. Si seulement je pouvais rencontrer ces autres personnes! Échanger nos expériences! Comment vivent-elles cela? Ont-elles peur? Ont-elles compris des choses sur eux? Ont-elles eu les mêmes tests? Ou des tests différents? C’est peut-être des choses totalement différentes. Les scientifiques utilisent des cobayes pour plusieurs expériences différentes. Après tout, les cobayes sont étudiés pour leur mode de vie, mais sont aussi utilisés pour tester des vaccins, des produits cosmétiques, et toutes sortes de choses. D’ailleurs, beaucoup de rats de laboratoire ont un destin tragique.

Je ne m’étais jamais fait cette réflexion. Je vis cela comme une aventure. Je les aime bien ces extraterrestres, ils me sont sympathiques. Ils sont tout le temps en train de m’observer. Et ils me montrent ce qu’ils ont. Ils m’ont un peu fait visité le vaisseau. J’ai vu des salles pleines de machines. J’ai vu aussi la Terre à travers une lunette. J’ai vu la galaxie dans une salle immense avec des millions d’étoiles qui flottaient dans l’air.

C’est un peu comme s’ils essayaient de voir si j’étais capable de comprendre leur monde. Ils étudient mes réactions face à leurs technologies. C’est assez fantastique comme expérience. Mais je me souviens des premières fois où je suis venu. J’étais un gamin. Ils me faisaient des piqûres, des trucs qui font mal avec leurs machines. Ce n’était pas chouette du tout. Et si certains subissaient cela toujours?

Peut-être que les extraterrestres n’étaient pas aussi gentils que je le pensais. Moi je n’avais pas à me plaindre. Mais qu’en était-il des autres sujets? Et est-ce qu’on peut vraiment les qualifier de gentils ou de méchants? Les scientifiques utilisent plein de cobayes. Des rats, des lapins, des singes,…. Certains n’ont pas à se plaindre. D’autres subissent d’atroces tortures et meurent. Est-ce qu’on qualifie les scientifiques de méchants pour ce qu’ils font? Ces extraterrestres, ce sont des scientifiques pour moi. Et nous, humains, nous sommes leurs rats de laboratoire.

Personne ne réagit de la même façon à une même situation. Certains prendront bien la chose, d’autres ne l’accepteront jamais.

David a accepté le fait d’être un cobaye pour les extraterrestres. Être enlevé régulièrement lui donnait l’impression d’être particulier et rendait sa vie plus excitante. Il a écrit un roman à partir de son histoire, en espérant qu’une personne qui aura vécu la même expérience prenne contact. Mais personne ne l’a fait jusqu’à aujourd’hui et lui n’a jamais révélé qu’il a été enlevé par des extraterrestres . Il s’est marié en 2004 et a eu un petit garçon.

Chloé quant à elle n’a jamais pu accepté d’être enlevée par des extraterrestres. Toute sa vie, elle n’a eu de cesse de lutter contre eux. Cette idée est devenue une obsession, à tel point qu’elle ne pouvait profiter de sa vie. Elle a été internée dans un hôpital psychiatrique en 1999 et a mis fin à ses jours en 2003.

Pour ce qui est des extraterrestres, ils ont cessé leurs enlèvements en 2001. Nous n’en savons pas plus à leur sujet.

Cobayes – Partie 2

1992, 23 mai

Un devoir de géographie! J’avais ce fichu devoir ce matin, et j’étais en retard. Maman aussi était en retard pour son travail. Il faut dire que nous nous sommes couchés tard hier soir : il y avait un super film sur la 2 en deuxième partie de soirée. Maman me déposa donc à l’angle de la rue Créssot. Il me restait quelques mètres à faire pour aller à l’école.

Je courais sur le trottoir quand soudain un flash si bien connu m’éblouit. Je me retrouvais dans ce cercle au milieu d’une pièce où se trouvaient ces personnes.

Ce n’était vraiment pas le moment!

_ Hé! J’ai un devoir moi! Ralais-je.

Le gentil aux cheveux blancs, comme je l’appelais faute de savoir son nom, me parla et me fit signe de le suivre.

_ Evidemment, vous me comprenez pas! Et vous vous fichez de me faire des ennuis à l’école!

Un des extraterrestres, un grand aux cheveux rouges, vint me prendre par le bras pour que je les suive. Je ne pouvais rien faire pour qu’ils me ramènent de toute façon. Autant les suivre!

Dans la salle des examens, j’eus droit aux habituels tests : piqûres, fils me reliant à des machines. Mais cela ne faisait pas mal. C’était juste piquant parfois.

Le « gentil » me fit signe de le suivre jusqu’à une seconde salle, où j’y étais allée déjà quelques fois. Il n’y avait là qu’une table. Il y avait un objet, rond et bleu, posé. L’extraterrestre tapa dessus, et l’objet éclata en milles morceaux.

Tout en faisant cela, il continuait de parler. Depuis le temps qu’ils m’enlevaient, je n’avais toujours pas réussi à comprendre un seul mot. Même pas un prénom. Pourtant le « gentil » avait essayé de m’apprendre leur langue. Mais rien n’y faisait. Ce n’était pour moi qu’une suite de sons gutturaux. Même la plupart de leurs signes m’étaient inconnus. Le seul que je comprenais vraiment, c’était celui de suivre : une main levée au niveau de l’épaule.

Ce qui me rassurait un peu, c’était qu’ils ne semblaient pas comprendre non plus ce que je disais.

Le « gentil » reconstruit l’objet en trente secondes. Puis, il le démolit à nouveau. Ensuite, il sembla attendre, en me regardant.

_ Je dois le re-construire?

Il y avait des morceaux de toutes formes, de toutes tailles.

Au bout d’une heure, je n’avais toujours pas réussi à assembler deux morceaux. J’étais seul dans la pièce. Et ça m’énervait de plus en plus. Mais la porte était fermée.

_ Ouvrez-moi! Je veux sortir! J’y arrive pas! OUVREZ-MOI!

Hurlant de toutes mes forces, je tambourinait en même temps à la porte. Mais personne ne venait. Je m’assis par terre, les bras croisés.

J’avais faim. Mon sac à dos était resté dans l’autre pièce avec mon goûter dedans. J’avais un peu perdu la notion du temps. Je n’y arrivais pas à faire ce maudit casse-tête! J’y avais ré-essayé plusieurs fois. Et personne ne venait me voir.

Mais enfin, la porte s’ouvrit. D’un bond, je me levais et courus vers la porte. On me laissa passer. Les extraterrestres semblaient déçus. Je me sentais un peu désolé de ne pas être doué, mais j’étais surtout fatigué, et j’avais envie de rentrer chez moi.

Heureusement, ils en avaient fini avec moi, pour la journée. Ils me renvoyèrent.

Le jour semblait bien avancé. D’ailleurs, j’entendis la cloche sonner. Je me glissais parmi les élèves qui sortaient. Je vis maman qui m’attendait.

_ Où étais-tu aujourd’hui?

Elle n’avait pas l’air de bonne humeur. L’école l’avait sans doute appelé pour signaler mon absence. J’allais prendre un sacré savon, c’était certain. Je choisis de baisser la tête et de me taire, en élaborant un mensonge plausible.

Je savais depuis longtemps que je ne devais pas dire cette vérité. Maman ne m’avait jamais cru avant. Et personne ne me croirait. J’étais donc devenu un menteur.

_ David j’attends une réponse. Je sais que tu n’étais pas à l’école. Tu imagines comment je me suis inquiétée? Je tiens à te dire tout de suite, et avant que tu me donnes une explication, que tu es puni! Privé de télé pendant trois semaines. Et la fête d’anniversaire de ton copain, tu oublies aussi!

1994, 4 août

Une lumière! D’un bond, je me relève. Ils m’ont retrouvé! Mais il fait à nouveau noir. C’était une hallucination. Je ne suis pas rassurée. Sur le qui-vive, je tends l’oreille et regarde autour de moi. Un bruit! Je ne l’ai quand même pas rêvé. Je suis en train de devenir folle. Ou peut-être le suis-je déjà. Là! La lumière! Mais…

Ce n’est qu’une lampe qui éclaire. Le gardien arrive.

_ Qu’est ce que vous faites ici? Vous n’avez pas le droit d’être là!

Je le sais bien. Je ramasse mes affaires. Va falloir que je trouve un autre endroit où pioncer. Ce campus était pourtant une bonne planque.

_ C’est bon je m’en vais.

_ Vous êtes à la rue? Je peux vous donner l’adresse d’un centre d’hébergem…

_ Non merci ça va aller.

Je me dépêche de partir.

_ Ce n’est pas sûr de rester dehors. Croit-il bon me dire.

En réalité, nul endroit n’est sûr. Dedans, dehors,…j’ai tout essayé, ils finissent toujours par me prendre! En quittant la maison il y a quelques mois, j’ai cru mettre fin à mon calvaire. Mais ça a continué!

Les immeubles ne sont pas toujours fermés à clé. Parfois, il y a même un bouton « porte » pour ouvrir la porte de l’extérieur. Je peux donc me caler dans le hall, sous l’escalier. Mieux vaut me cacher pour ne pas être réveillée violemment par quelqu’un qui part au boulot de grand matin. Ça m’est déjà arrivé.

Des bruits sourds et continus me réveillent en sursaut. Qu’est ce que c’est? Où suis-je?

_ Attends moi! Crie une voix fluette.

Deux enfants qui courent dans les escaliers. Je les voix sortir avec les cartables, deux fillettes qui vont à l’école. Elles en ont de la chance! La vie était tellement simple quand j’étais au primaire. Et puis avec le collège, les extraterrestres ont commencé à m’enlever.

Qu’est ce qu’ils me veulent? Cette question revient sans cesse. Ils font des expériences sur moi. Pourquoi? Ils cherchent à connaître tous les secrets de l’être-humain pour mieux le dominer… ou peut-être veulent-ils créer des êtres-humains… faire un mutant mi-humain, mi-extraterrestre… tester des produits de guerre… ou des produits destinés plus tard à eux-mêmes…

Ce que je sais, c’est que je ne suis pas un rat de laboratoire! Ils n’ont pas le droit de m’extraire à mon habitat naturel et de m’emmener dans leur navette. On ne peut pas décider de ma vie ainsi. Je ne me laisserais pas faire…

Un flash tout à coup m’éblouit…

1994,27 septembre

Ecoeuré. C’est tout à fait dégoutant. J’aimerais ne plus avoir à subir ça. Malheureusement, ça fait longtemps que je le subis, et je continuerais certainement. Mais pourquoi les extraterrestres ne viennent pas me prendre avant ces moments!!!

Je sors à peine de ma chambre, et qu’est-ce que je vois : ma mère et son petit-copain qui se bécotent! Ça y est, ça m’a coupé l’appétit. En plus, il me fait un clin d’œil. Je crois que je vais gerber…

Ce mec, je ne le supporte pas. Et il ne s’en rend même pas compte ce boulet. C’est un parfait crétin! Je ne comprends toujours pas ce qu’elle peut bien lui trouver ma mère. En plus, depuis qu’il est là, elle ne fait presque plus rien avec moi. Cela va faire six mois presque que nous ne sommes pas allés au cinoche!

Je veux bien qu’elle ait quelqu’un, mais bon, faut pas exagérer! Pas lui!

_ Tu veux que je te dépose au collège mon gars?

Plutôt mourir. Je préfère aller à pieds. Et je déteste qu’il m’appelle comme ça. Je ne suis pas son pote, et encore moins son fils!

Sur le chemin du collège, je pense à ces quelques absences dues à une intervention du ciel. Ils sont déjà venus me prendre quelques fois sur ce chemin. Aujourd’hui, je n’ai que des matières nulles, ça ne me dérangerait pas. Mais apparemment, ce n’est pas pour cette fois puisque j’arrive devant le bahut.

Ce mois-ci, ils sont déjà venus me prendre cinq fois. C’est énorme par rapport à d’habitude. Sur quatre ans, je ne saurais compter le nombre de fois que je suis allé dans le vaisseau. Mais plus de trois fois dans le même mois, c’était jamais arrivé avant.

L’équipe a changé aussi. Le gentil aux cheveux blancs auquel j’étais habitué n’était plus là depuis quelques temps. Il y avait d’autres personnages. Certains que j’avais déjà vu, d’autres non. Les méthodes aussi changent. Ils ne font plus de piqûres. Plus d’appareils branchés à moi non plus. Ils parlent beaucoup. Et ils m’écoutent parler, même s’ils ne comprennent pas.

Je crois qu’ils cherchent à comprendre la langue. Ils veulent peut-être communiquer avec les humains. Mais ils ont tiré le mauvais lot alors, parce que c’est l’anglais la langue internationale.

1994, 18 octobre

Les puzzles, c’est pas trop mon truc. Et encore moins les puzzles en 3D. Ce ballon bleu, éclaté en une infinité de morceaux de toutes formes, je n’ai jamais réussi à l’assembler. Il est toujours là à chaque fois que je viens. J’ai essayé plein de fois, et jamais réussi à n’assembler que deux morceaux. Il y a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre là dedans. C’est pire que les casses-têtes chinois. Déjà que j’y arrive pas à faire ceux-là…. Une fois j’ai compté le nombre de petits morceaux : 1555 !

Aujourd’hui je n’ai aucune envie d’essayer. Heureusement, ils ne semblent pas y voir un inconvénient. Ils me parlent. Des bruits de gorge, pas franchement agréables. Des sons que je suis incapable de reproduire, et c’est pas faute d’avoir essayé. Ça me fait penser aux sifflements des oiseaux, non pas pour la ressemblance, mais pour la difficulté de reproduire ces sons.

Eux non plus n’arrivent pas à faire les mêmes sons que moi. C’est comme demander à un animal de parler. Cependant, ils ont un avantage : des machines qui enregistrent mes paroles. Et avec cela, sur leurs sortes d’ordinateur de bras, ils analysent ce que je dis. Il y a des dessins, des symboles pires que des hiéroglyphes sur les écrans quand je parle. Mais cela ne les aide pas à me comprendre.

_ Vous avez un vaisseau spatial, vous avez des super technologies, mais vous n’arrivez pas à comprendre le langage humain depuis quatre ans. C’est incroyable!

N°3 me regarde avec ses yeux globuleux et fronce les sourcils. Je leur ai donné des numéros faute de savoir leur nom. Ça ne m’apporte rien. Ils ne me comprennent pas. Et je ne parle d’eux à personne. C’est juste pour avoir une appellation dans mon esprit.

Tout d’un coup, il y en a un qui arrive en élevant la voix. Il est pas commode celui-là.

_ Bonjour chef!

Il ne me regarde même pas et va directement voir les écrans d’ordinateur. N°8 semble faire un exposé au chef. Je l’ai surnommé ainsi parce qu’il est autoritaire. Il crie sur les autres, et tous semblent avoir peur de lui. Je suis persuadé que c’est le chef.

Le chef n’a pas l’air content. Je crois que c’est parce que ça n’avance pas. Ils n’ont toujours pas percé le mystère de la parole humaine. Ou pas percé le secret des humains.

Cobayes – Partie 1

1990, 18 février

_ Maman, tu crois aux extraterrestres?

Elle sourit tout en continuant à repasser.

_ Non.

Je savais qu’elle allait répondre cela.

_ Ils existent pourtant.

_ Vraiment? Comment le sais-tu?

_ Je les ai vu.

Elle continuait sa tâche sans même me regarder.

_ Je suis allé dans leur vaisseau.

_ Super!

Elle ne me croyait pas.

_ Je ne mens pas. C’est vrai!

_ D’accord. Et ils ressemblent à quoi?

_ Ils sont un peu comme nous, mais pas tout à fait.

_ Ils sont gentils?

_ Je ne sais pas. Ils m’ont enlevé. Ils me font peur!

A chaque fois que j’avais peur, je le disais à maman, parce qu’une maman sait rassurer. Mais pas cette fois ci.

_ Dans ce cas neutralises les avec ton super-bazooka-immobilisant-galactique!

_ MAIS POURQUOI TU NE ME CROIES PAS!

Les larmes aux yeux, je courus dans ma chambre et me jetais sur mon lit. Maman me suivit et vint s’asseoir à coté de moi.

_ David qu’est ce qu’il t’arrive?

_ Tu me croies pas! Mais c’est vraiment vrai. Dis-je en reniflant.

_ Je suis une adulte David! Tu ne peux pas me faire marcher comme tes amis! Et puis j’ai fait de mon mieux pour entrer dans ton jeu!

_ Mais ce n’est pas un jeu!

Elle soupira et passa une main dans mes cheveux.

_ Écoutes chéri, je n’ai pas le temps de jouer avec toi, j’ai encore beaucoup de choses à faire. D’accord?

_ D’accord.

Elle ne me croirait pas, c’était inutile que j’insiste. Les adultes ne prennent jamais au sérieux les enfants.

1990, 19 février

Je faisais de la balançoire dans le jardin quand je vis la chose. C’était une petite boule grise qui volait vers moi. Je ne savais pas ce que c’était, et cela m’intriguait. Et soudain, il y eût un flash, comme lorsque l’on prend une photo. Je me suis retrouvée dans une pièce avec beaucoup de gens qui me regardaient. Ils avaient des yeux qui leur sortaient presque de la tête et qui étaient énormes. C’était affreux et très effrayant. Et tous ces yeux me fixaient.

Je voulus m’enfuir, mais ils étaient tous autour de moi. Une main m’attrapa. Elle était grosse, grande et n’avait pas d’ongles aux doigts. Je m’évanouis.

Quand je revins à moi, j’étais attachée sur une sorte de lit. Il y avait encore tous ces gens aux yeux énormes, habillés étrangement et qui parlaient une langue que je ne connaissais pas. La plupart avait des cheveux blancs, mais certains avaient les cheveux rouges, orange ou rose. Ils avaient des masques sur la bouche et le nez.

Il y avait aussi des machines comme dans un hôpital. Des écrans avec des symboles bizarres. Des tuyaux. Des boutons partout.

Quand ils ont vu que j’étais réveillée ils se sont approchés. Et ils ont commencé…à utiliser des instruments étranges sur moi. Je criais, je bougeais, je pleurais. Ils me faisaient mal. Mais surtout, ils me faisaient peur. Et puis, quand ils eurent fini on me ramena là où j’étais apparue. Et je me retrouvai à côté de ma balançoire.

J’étais comme les souris dans les laboratoires sur lesquelles on fait des expériences. J’étais un cobaye!

Personne ne voulut me croire. Ma mère me dit :

_ Chloé, cesse de débiter des sornettes!

1990, 28 mars

Ma maman m’emmène souvent au terrain de jeux. Elle dit que je dois en profiter parce que j’ai huit ans et que la vie devient plus compliquée quand on grandit. J’aime beaucoup jouer dans le château fort et faire le toboggan en spirale de la tour. Mais le mercredi, il y a toujours beaucoup d’enfants.

Je glisse par la trappe du cachot afin de libérer le dragon! Et soudain, un objet volant vient vers moi. Je suis seul dans ce coin du château et personne ne peut me voir. Un flash!

Les mains sur les yeux, je regarde entre deux doigts les extraterrestres. Il y en a un qui vient vers moi et m’attrape. Il a les cheveux roses et un masque gris sur la bouche. Mais ce sont ses yeux qui me font peur. Ils ont tous des yeux énormes.

L’extraterrestre me pose sur le lit, comme la dernière fois, et j’ai peur. Mais je ne veux pas pleurer. Je ne bouge pas. De toute manière je ne pourrais pas avec les ceintures que j’ai. On me colle plein de fils sur moi.

Les extraterrestres parlent dans leur langue. Il y en a sept autour de moi, et d’autres derrière des machines.

Tout à coup, je sens un picotement dans la main, puis dans le reste du corps. Celui qui m’a porté dit quelque chose fort. Ça me brûle. Et je me mets à pleurer. Je veux rentrer chez moi. Je veux ma maman. Les brûlures s’arrêtent mais j’ai encore mal partout.

Un extraterrestre s’approche avec avec une sorte de gobelet avec une paille, et veut me faire boire. Mais je ne veux pas. Je ferme la bouche de toute mes forces. Il essaie d’ouvrir ma bouche pour mettre la paille.

Quelqu’un crie dans la salle. Un extraterrestre bouscule celui qui veut me faire boire. Celui qui m’avait porté au début le gronde. Ils se disputent mais je ne comprends rien à ce qu’ils disent.

Celui qui a bousculé vient à côté de moi et enlève son masque gris. Il a une bouche et un nez qui sont normal. Et il me sourit. Il me parle aussi comme si je comprenais. Il me détache mais j’ai trop mal pour bouger. Alors il me relève et il m’apporte le gobelet.

Je mets mes mains devant ma bouche. J’ai entendu une fois à la télé que des gens peuvent mettre de la drogue dans de l’eau ou du jus.

L’extraterrestre continue à me parler et à sourire. Il a des cheveux blancs mais il n’a pas l’air vieux comme papy. Il a l’air gentil même s’il a des yeux effrayants! Et il essaie toujours de me faire boire. Derrière lui, l’extraterrestre aux cheveux roses qui m’avait porté n’a pas l’air content.

Finalement je bois. C’est pas bon. Je repousse la paille en faisant la grimace. C’est comme le médicament pour le mal de ventre! Et puis j’ai plus mal. En fait c’était un médicament. Je souris à celui qui a des cheveux blancs. Il se lève et me prends par l’épaule pour m’amener dans le rond où je suis apparu. Un flash!

Je suis à côté d’un arbre. Je vois l’aire de jeux pas loin.

_ Bon sang où étais-tu passé David?

Maman est très inquiète et me serre contre elle.

_ Les extraterrestres sont encore venus me chercher.

1990, 17 juin

La boule volante! Là revoilà!

Sans réfléchir plus longtemps, je laissai mon cartable par terre et me mis à courir. Pas assez vite! Une seconde plus tard, je me retrouvai à nouveau dans cette salle que je connaissais à bien connaître.

C’était la cinquième fois. A chaque fois, je ne pouvais y échapper. La boule volante me retrouvait toujours. J’aurais bien voulu y voir ce psycologue à ma place. Il me dit que cela n’existe que dans ma tête, mais pourtant tout semble si réel.

Ils n’ont plus leur masque comme la première fois. L’un d’eux me parle, mais je n’y comprends rien. Je cherche une issue, même si je sais qu’il n’y a pas moyen de s’enfuir d’ici.

_ Laissez-moi tranquilles! Vous n’existez pas!

Pourtant, un de ces êtres qui ne devaient pas exister me prit par le bras. Telle une bête, je me débattis, donnant coups de pieds et coups de poings, mordant et griffant. Ils se mirent à cinq pour m’immobiliser.

Ce fut encore une séance éprouvante, avec des piqûres et des fils reliés à des machines. Je ne sais pas ce qu’ils me veulent à la fin. Je voudrais juste qu’ils me laissent tranquilles, et se trouvent un autre cobaye.

La nuit commençait à tomber lorsque je retrouvai mon cartable. J’étais épuisée. Je rentrai chez moi, en appréhendant la prochaine fois où ils viendraient me prendre.

Mon père était furieux; j’aurais dû être à la maison il y a deux heures.

_ Ce n’est pas de ma faute!

_ C’est sans doute encore les extraterrestres! Se moqua mon idiot de grand-frère.

_ C’est la vérité.

Je savais déjà qu’on ne me croirait pas, une fois de plus!

_ Bon sang Chloé tu as douze ans! Tu n’as plus l’âge de raconter de telles histoires!

C’était la fin – Chapitre 8

Jo ouvrit des yeux ensommeillés, se demandant ce qui l’empêchait de bouger en bloquant son bras. Elle découvrit que c’était Mag qui dormait dessus. Un sourire se dessina sur son visage en observant l’air angélique de sa meilleure amie. Sa meilleure amie …

Les choses avaient pris une allure qu’elle n’aurait pas pu imaginer. Comment s’était-elle retrouvée à avoir des sentiments pour Magalie ? Elle était hétéro. Jusqu’à présent en tout cas, elle l’était. Mais maintenant, elle devait bien se l’avouer, elle ne l’était plus. Mais elle ignorait ce qu’elle était désormais. Tout était confus pour le moment dans son esprit.

Magalie remua légèrement. Jo continua à l’observer jusqu’à ce qu’elle ouvre les yeux. La jeune femme lui fit un sourire timide et ses yeux à peine ouverts se voilèrent d’inquiétude.

– Bonjour. Fit Jo.

– Bonjour.

– Euh … tu vas bien ?

– Oui. Et toi ?

– Ben oui. Mais j’ai l’impression que quelque chose te préoccupe.

Magalie garda le silence et détourna les yeux. Jo s’inquiéta.

– C’est à propos d’hier soir ?

– Oui. Je …

– Tu regrettes ce qu’il s’est passé ?

– Non ! En fait, je me demandais si toi … tu regrettais. Parce qu’hier, t’étais pas très sobre. Enfin … voilà quoi.

Jo se remémora la veille. Etant un peu bourrée, elle avait eu des gestes envers Mag qu’elle n’aurait pas eu en temps normal. Et puis Mag l’avait embrassé, et elle le lui avait rendu son baiser. Et elles s’étaient embrassées longuement, encore et encore. Ensuite, elles étaient restées enlacées, sans prononcer un seul mot, et elles s’étaient endormies ainsi.

– Je ne regrette pas du tout. Répondit-elle en souriant.

Magalie sembla rassurée et sourit à son tour. Jo, attirée par ses lèvres, se rapprocha et l’embrassa. Un doux baiser qui fit faire un triple salto à son cœur.

– Et maintenant ? Demanda-t-elle.

Mag haussa les épaules. Jo ignorait si elle savait à quoi se rapportait la question. Elle-même ne savait pas trop d’ailleurs.

Et maintenant, qu’est ce qu’elles allaient faire ? Et maintenant, comment devait évoluer leur relation ? Et maintenant quoi ?

L’inquiétude réapparut dans les yeux de Magalie qui lui demanda :

– C’est quoi qui te travaille comme ça ?

Jo prit son temps pour formuler sa réponse.

– Je suis … enfin, je croyais être hétéro.

– Et je suis une femme moi.

– De toute évidence ! approuva Jo avec un demi-sourire.

– Et tu m’as dit que tu ne regrettais pas.

– En effet. Et je l’ai prouvé non ?

Magalie hocha la tête, un magnifique sourire prenant place sur son visage. Jo dut se retenir de l’embrasser à nouveau. Étonnant comme elle n’avait jamais remarqué jusqu’alors à quel point sa meilleure amie était belle et désirable.

Magalie dut remarquer la façon dont la jeune femme la fixait car elle rougit.

– Alors ça te fait peur ?

– De quoi ?

– D’être attirée par une femme.

– Peur … non, je ne crois pas. En fait, ça me perturbe un peu. Parce que c’est nouveau je suppose. Et différent. Je suis pas habituée, c’est tout. Et je sais pas trop quoi faire.

– Écoute, je ne te demande rien. Prends tout le temps qu’il te faut pour t’habituer.

– D’accord.

Le silence s’installa, ainsi qu’une certaine gêne.

– Bon, petit déjeuner ? Proposa Magalie.

– Oui.

Les deux jeunes femmes se levèrent. S’apprêtant à sortir de la chambre, Jo se ravisa et se retourna vers Magalie.

– Depuis combien de temps tu ressens quelque chose pour moi, toi ?

– Longtemps. Murmura Mag en évitant son regard.

– C’est-à-dire ?

– Le lycée.

Jo en resta bouche bée. Elle ne s’était jamais doutée de rien.

– Wow … Fut tout ce qu’elle put dire, avant de se tourner vers la porte, faute de savoir quoi dire.

– Jo ! L’interpella Magalie.

– Quoi ?

– Est-ce ça veut dire que maintenant … qu’on est …

– Un couple ?

– Oui.

– Oui. On est un couple.

Fin.

C’était la fin – Chapitre 7

Magalie entra dans le bowling en souriant de toutes ces dents, émerveillée comme une petite fille qui va Disneyland. Elle avait parlé à Jo de ce regret saugrenu qu’elle avait eu en pensant mourir et son amie avait donc organisé une soirée bowling ce samedi soir avec des copains.

Pourquoi tant de joie à faire un bowling enfin, Magalie l’ignorait elle-même. Ce n’était pourtant pas grand-chose.

Camille était présente. Les autres, c’étaient surtout des potes de Jo, elle les connaissait vaguement.

– 39 ! Répondit-elle au monsieur qui lui demandait sa pointure de chaussures.

Elle donna ses propres chaussures et prit celles de bowling.

– Hum, trop grand ! Remarqua-t-elle en les enfilant.

– Ouais, faut prendre la taille en dessous ici, c’est trop grand. Va les échanger ! Lui dit Camille qui laçait une chaussure.

La joyeuse bande s’installa devant leur piste pour jouer. L’ambiance était festive, il y avait beaucoup de rires. La musique du lieu était orientée rock. Magalie s’amusait. Et pour une première fois, elle ne se débrouillait pas trop mal. Elle n’était même pas la dernière au classement.

A côté d’eux, il y avait un groupe plutôt bruyant et doué. Les strikes s’enchainaient. Magalie les observait un peu. Son regard se porta sur une jeune femme aux cheveux blonds courts, avec quelques piercings et tatouages et portant un pantalon de style militaire.

– Je mettrais ma main au feu qu’elle est lesbienne. Murmura Jo à son oreille.

– Ouais, elle fait assez cliché.

– Elle te plaît ?

Magalie haussa les épaules, un peu gênée. Elle n’avait jamais aimé parlé de filles avec Jo. Elle avait toujours peur que celle-ci devine les sentiments qu’elle avait à son égard.

Magalie et Jo s’étaient rencontrées en seconde. Elles s’étaient liées très vite. Avant Jo, Magalie n’avait jamais vraiment eu d’ami. Le collège avait été une période horrible pour elle. Sa préférence pour les filles s’était rapidement connue, et elle était devenue une paria. Elle avait donc décidé d’aller dans un lycée éloignée de chez elle, un endroit où personne ne la connaissait. Elle était allée à l’internat du coup.

Elle n’avait pas osé dire son secret à Jo. Elle avait trop peur que son amie ne s’éloigne d’elle en apprenant qu’elle était lesbienne. Jo l’avait découvert par hasard, quand un abruti qui l’avait deviné s’en était pris à elle. Elle s’était mise en colère contre Magalie. Mais seulement pour avoir pensé que cela aurait pu la faire fuir. Et puis elle l’avait prise dans ses bras.

Et c’est à partir de ce moment que Magalie avait commencé à avoir des sentiments pour sa meilleure amie. Mais Jo était hétéro. Et bien que Magalie rêvait de plus qu’une amitié, elle s’en contentait avec joie. Et si Jo était heureuse avec son copain du moment, quand elle en avait un, elle était heureuse aussi. Cela lui suffisait. De son côté, elle avait eu des petites-amies aussi.

Ses sentiments pour Jo étaient plus ou moins forts selon les périodes de sa vie. Et depuis qu’elle vivait avec elle, ils étaient plus forts que jamais. Et l’attitude de Jo n’aidait pas. Elle était devenue très tactile ces derniers temps.

La bande commençant à avoir soif, Magalie se proposa pour aller chercher les boissons au bar. Alors qu’elle commandait, elle remarqua la fille de l’autre groupe qui vint à côté d’elle pour chercher des boissons aussi. Discrètement, elle l’observa.

Soudain, une présence contre son dos la fit sursauter.

– Je viens t’aider pour les boissons. Déclara Jo, en lui faisant un bisou sur la joue, une main sur sa taille.

Surprise, Magalie ne put rien répondre. Elle se demandait bien ce qu’il lui arrivait à son amie pour agir comme cela.

Jo et Magalie rentrèrent très tard. La soirée avait été géniale. Elles s’étaient bien amusées. Jo avait sans doute un peu trop bu aussi, elle était bien joyeuse. Cela faisait rire Magalie.

Elles se mirent au lit. Et Magalie sentit Jo se rapprocher d’elle. Sa respiration se coupa quand sa meilleure amie posa sa main sur son ventre et que son souffle lui chatouilla le cou.

– Jo … ?

– Mmmh

– Euh … tu fais quoi ?

La jeune femme ne répondit pas. Et puis ses lèvres se posèrent dans le cou de Magalie. Celle-ci frissonna et son rythme cardiaque s’affola.

– Jo…

Jo finit par la lâcher et s’éloigner d’elle.

– Excuses-moi. J’aurais pas dû, tu ma meilleure amie, je sais pas ce qu’il m’a pris. L’alcool sûrement.

– Tu crois ? J’ai l’impression que ça fait un moment, même sans alcool que ton attitude est … différente avec moi.

Jo ne répondit pas tout de suite.

– Tu as sûrement raison. Pff, je ne suis pas censée être lesbienne pourtant !

Magalie fit face à la jeune femme, la fixant droit dans les yeux, espérant tout ayant très peur de mal interpréter ce qu’elle entendait.

– Tu … ressens quelque chose pour moi ?

– Je … je sais pas Mag.

Les yeux de Jo étaient devenus fuyants. Magalie hésitait sur ce qu’elle devait faire maintenant. Elle avait l’impression ce soir qu’il y avait quelque chose de plus que de l’amitié pour Jo également. Si elle ne faisait rien, elle allait peut-être rater sa chance d’avoir enfin ce qu’elle désirait par-dessus tout. Mais si elle tentait quelque chose, et qu’elle s’était trompée, elle risquait peut-être de tout perdre.

La jeune femme décida de prendre le risque. Elle se rapprocha de Jo et l’embrassa. Celle-ci la regarda avec de grands yeux étonnés, sans réaction. Stressée, se demandant si elle avait fait une bêtise ou non, Magalie détacha ses lèvres. Mais alors qu’elle reculait, une main agrippa sa nuque et sa bouche se retrouva plaquée à nouveau contre celle qu’elle venait de quitter.

C’était la fin – Chapitre 6

Jo rentra chez elle, épuisée après sa longue journée de travail. Elle avait repris le boulot quelques jours plus tôt. Un sourire s’installa sur son visage en sentant une bonne odeur provenant de la cuisine. Cela avait du bon d’avoir une colocataire.

– Bonne journée ?

– Fatigante. Comme d’hab. Et toi, tu as fait quoi aujourd’hui ?

– J’ai cherché du boulot. Et puis j’ai fait le ménage. Et ensuite je me suis posée devant la télé. Répondit Magalie en souriant.

– Tu n’es pas obligée de faire le ménage Mag.

– Puisque je vis chez toi, c’est normal que je participe. Et puis, toi tu bosses, moi j’ai rien à faire de mes journées. Faut bien que je me rende utile.

Jo hocha la tête. Elle savait que c’était dur pour sa meilleure amie d’être sans emploi.

– D’accord. Mais ne te sens pas obligée de tout faire. Pareil pour la cuisine d’ailleurs.

– Est-ce une façon de me dire que ma cuisine n’est pas bonne ?

Jo savait que Magalie n’était pas sérieuse. Elle la complimentait assez souvent sur les plats qu’elle préparait. Et le ton qu’avait pris la jeune femme ne trompait pas. Elle répondit sur le même ton.

– En fait, oui, c’est vraiment pas terrible.

– Hééé ! S’indigna Magalie.

– Et encore je suis gentille parce que c’est toi. Heureusement que j’ai pas l’estomac fragi…

Jo évita de justesse le coussin volant.

– Tu veux jouer à ça, hein ?

La jeune femme attrapa le coussin pour le balancer à son tour sur sa meilleure amie. Celle-ci avait déjà pris des munitions. Les coussins se mirent à voler dans le salon. Soudain, Jo se rua sur Mag pour la frapper avec son arme.

– C’est bon, je me rends, arrêtes !

Magalie était immobilisée par Jo assise sur elle et ne pouvait qu’essayer de se protéger la tête des coups de coussin qui pleuvaient sur sa tête.

– Joooo ! Pitié !

– Nan ! Pas envie !

– Joséphine ! Arrêtes ça tout de suite ! Ordonna Magalie.

La jeune femme s’arrêta et fixa sa meilleure amie.

– Pardon ?

– S’il-te-plait. Supplia la jeune femme tout en se retenant de ne pas rire.

– Tu as osé m’appeler par mon prénom entier ou j’ai rêvé ?

– Euh … tu as rêvé.

– Ben voyons ! Tu vas me le payer ça !

Jo se débarrassa de son coussin et ses doigts se précipitèrent sur les côtes de son amie.

– Nooooooooon ! Pas çaaaa !

– Bon, on devrait peut-être aller manger. Déclara Magalie.

– Ouais …

Jo ne bougea pas. Elle avait l’esprit ailleurs. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas vu sa meilleure amie comme cela. Joyeuse. Et cela lui faisait un bien fou de la revoir comme cela. Elle avait l’impression de la retrouver enfin. Mag n’était pas cette ombre si triste. Mag n’était pas non plus qu’une personne fragile et trop sensible, c’était surtout une femme drôle, joyeuse, taquine, adorable. Et cette Mag lui avait manqué.

– Euh … Jo ?

– Oui ?

– Il faut que tu te lèves sinon je ne peux pas bouger moi.

Après avoir chahuté un long moment, les deux jeunes femmes s’étaient effondrées dans le canapé, Jo allongée à moitié sur Magalie.

– Flemme de bouger. Et puis je suis bien là.

– Oh …

Jo se releva un peu pour regarder son amie qui semblait bizarre tout à coup. Ses yeux étaient fuyants. Elle semblait gênée.

– Mag, ça va ?

– Oui oui. Euh … manger ?

Jo n’était pas convaincue mais se leva sans commentaires. Magalie se précipita dans la cuisine. Jo ne comprenait pas, et se demandait ce qu’elle avait bien pu faire ou dire de mal.